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Le Coeur de Jésus selon Thérèse Edouard Giotin s.j. - Paray-le-Monial |
[publié dans "Thérèse de Lisieux", n.741, Janvier 1995]
Docteur de l'amour de Jésus, Thérèse a désiré parvenir à la pureté de l'amour de Dieu et du prochain. La pensée du Coeur de Jésus lui était familière.
Le 25 avril 1897, Thérèse écrivait à I'abbé Bellière : "II me semble que ce Divin Sauveur a daigné unir nos àmes pour travailler au salut des pécheurs, comme il unit autrefois celles du V.ble P de la Colombière et de la B- Marguerite-Marie" (LT 224). C'était au printemps 1675. La célèbre visitandine venait de recevoir provi dentiellement pour directeur de conscience le jeune Claude La Colombière. Or un matin que celui-ci la communiait, elle avait eu la vision du Caeur de Jésus dans lequel leurs deux cceurs "s'allaient unir et abîmeC comme dans une ardente fournaise : "C'est ainsi, lui avait dit le Seigneur, que mon pur amour unit ces trois coeurs pour toujours."
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Saint Claude n'a été canonisé par Jean-Paul II que le 31 mai 1992, mais il n'était pas un inconnu pour Thérèse. Dès 1889, le P. Pichon avait invité sa jeune dirigée à méditer une parole du jésuite qui, en 1897 - à la date où elle écrivait à I'abbé Bellière - était en train de s'accomplir en elle comme elle s'était accomplie dans le saint : "Seigneur, je ne croirai pas que vous m'aimez que vous ne m'ayez fait souffrir et beaucoup et longtemps" (LC 116). Thérèse, pour ce qui est d'elle, s'était peu à peu détachée du désir de la souffrance, mais elle n'en expérimentait que mieux la paradoxale joie de souffrir, pour I'amour de Jésus (cf. Ms C, 7 r°), des douleurs qu'elle n'avait pas demandées.
Quant à Marguerite-Marie Alacoque, après sa béatification en 1864, elle était omniprésente en cette fin de siècle : au Carmel, il arrivera à Thérèse de "tirer" un texte dans le Petit bréviaire du SacréCwur, qui la citait abondamment (Ms B, 1 r°) ; dès 1884, à I'annuelle distribution des prix, la future carmélite en avait requ un exemplaire personnel. De plus, la famille Martin avait une dette toute particulière à I'égard de la nouvelle Bienheureuse en 1865, Léonie, la future visitandine, avait été guérie par son intercession.
Mais si, dans la lettre 224, Thérèse se référait à la vision de sainte Marguerite-Marie, c'est parce qu'elle se reconnaissait, comme la plupart des catholiques de ('époque, dans le symbole du cceur vers lequel convergeait ici le regard. La dévotion de Thérèse au Caeur de Jésus mériterait un exposé détaillé qui, à ma connaissance, manque encore aux études thérésiennes. Je ne peux que suggérer ici aux amis de Thérèse trois pistes de réflexìon.
Un mystère de communion
II faut rappeler tout d'abord que Thérèse était mal à I'aise dans certaines formes de la dévotion au Coeur de Jésus qui, tout en invoquant à satiété celui-ci, lui paraissaient manquer d'une certaine intériorité : "Tu sais, écrivait-elle à Céline au moment du bicentenaire de Marguerite-Marie, moi, je ne vois pas le Sacré Coeur Gomme tout le monde. Je pense que le Coeur de mori époux est à moi seule Gomme le mien est à lui seul. Je lui parle alors dans la solitude de ce délicieux coeur à coeur en attendant de le contempler un jour face à face" (LT 122. Cf. PN 24,20). Paraphrasant le Cantique des Cantiques, Thérèse ramène ici le mystère du Coeur à ses sources mystiques, telles qu'elles découlent de I'Ecriture : "Mori bien-aimé est à moi,s'écrie en effet I'Epouse biblique et je suis à lui" (Ci 2,16).
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La jeune carmélite, elle aussi, "désìre se perdre dans le coeur du Christ, Gomme elle désire se cacher dans le secret de sa Face. Elle méditait souvent le verset du Cantique par lequel I'Epoux invite sa bienaimée - sa colombe - à venir se blottir en Lui"(P. Descouvemont et H. Loose, Thérèse et Lisieux, p.165). Elle avait choisi le Coeur de son Dieu pour lui tenir lieu, dès ici-bas, d'amoureux purgatoire, qui lui permettrait de "réparer ses fautes en les jetant dans la fournaise de son Amour miséricordieux" (Pri 1o) et, quittant ce monde dans "un atte de pur amour", d'entrer un jour directement "au ciel sa Patrie [...] sans aucun détour" (Au Sacré Coeur de Jésus, PN le 23 oct 23,8). Dès lors, ce Coeur avait été, pour Thérèse Gomme pour Marguerite-Marie, à la fois le Maître et le Livre qui lui enseignèrent "la science d'amour" (Ms B, 1 r°. Cf. Jean de la Croix, Cantique spirituel A, 18).
L'amour méprisé de Jésus
Mais Paray-le-Monial, c'est aussi la plainte de Jésus à sainte Marguerite-Marie : 'Vai soif, je brúle du désir d'étre aimé" (6e lettre à Croiset). Or, dès juillet 1887, Thérèse connait cette soif qui dévore Jésus : "En disant "donne-moi à boire" [à la samaritaine] c'était ('amour de sa pauvre créature que le Créateur de I'univers réclamait. II avait soif d'amour... Ah ! je le sens plus que jamais Jésus est altéré, il ne rencontre que des ingrats" (Ms B, 1 v°). "Tu me redis: 'Vai soif... j'ai soif d'amour" (PN 31, 5). "Rappelle-toi de I'amoureuse plainte - Qui sur la croix s'échappa de ton Coeur" (PN 24,25).
Ce "sitio" du "divin Mendiant d'amour (LT 172) est un thème récurrent tout au long de I'oeuvre écrite de Thérèse et c'est dans un désir, comparable à celui de sainte Marguerite-Marie, de lui rendre "Amour pour Amour" (Ms B, 4 r°) que, le 9 juin 1895, féte de la Sainte Trinité, comprenant "plus que jamais combien Jésus désìre étre aimé" (Ms A, 84 r°), elle s'offrira finalement en vittime d'holocauste à ('Amour miséricordieux de son Bien-aimé.
Comme chez la sainte de Paray, l'amour de Jésus est perqu ici Gomme méprisé : "De toutes parts, il est méconnu, rejeté" (lbid.). "Pouvez-vous voir l'amour divin errer de coeur en coeur sans être touché de sa misère?", avait écrit, dès 1853, I'oratorien anglais F.W. Faber. "O mon Dieu!, s'écriera Gomme en écho Thérèse, votre Amour méprisé va-t-il rester en votre Coeur?" (Ms A, 84 r°). Aussi sa célèbre Offrande exprime-t-elle le désir de "consoler [Jésus] de I'ingratitude des méchants" (Pri 6).
"A travers la face de Jésus"
(Pri 6)Enfin la dévotion de Thérèse au Coeur de Jésus fut, dès son enfance, marquée par celle deson aînée carmélite de Tours, Marie de Saint-Pierre († 1848). Avec elle il s'agissait de consoler Jésus des blasphèmes en contemplant son Cceur sous les traits de sa Face humiliée, car, Gomme Thérèse le lisait au verso d'une représentation de celle-ci, "si le Coeur de Jésus est I'emblème de l'amour, sa Face adorable en est I'expression parlante".
En somme, la sainte de Lisieux a grandi dans l'ambiante, alors régnante, de la dévotion au Coeur de Jésus, mais elle s'est réapproprié celle-ci selon sa vocation personnelle de Thérèse de la SainteFace.
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