Nina Moscati
Elle a soutenu et partagé les idéaux de son frère et elle fut son exécutant discret dans les oeuvres de charité chrétienne - 1

Alfredo Marranzini s.j.
Traduction de Françoise Matera

Anna, appelée communément Nina, sœur de S. Joseph Moscati, nacquit à Bénévent le 19 juillet 1878 et mourut à Naples le 24 septembre 1931, pas de mort soudaine comme son frère (12 avril 1927) mais après un long calvaire à seulement 53 ans. Dans l’Archive Moscati auprès du Gesù Nuovo de Naples, est conservée une photographie de 1892 qui montre Nina assise sur une chaise avec un haut dossier, entourant de son bras gauche Peppino, portant un costume marin, lequel s’appuie légèrement sur elle, tandis que sont assis sur deux coussins, l’un à côté de l’autre, ses deux frères Eugenio et Domenico.

Cette photo exprime de manière significative le rôle qu’elle a joué dans la vie de son frère Peppino. Elle partage avec lui l’idéal évangélique de la charité et elle fut sa compagne fidèle et compréhensive. Son frère Eugenio, en décrivant au procès de béatification, l’œuvre de charité de Peppino, n’omet pas de mentionner Nina:
"mon frère eut à cœur la charité envers le prochain […] Il exerçait tout son travail gratuitement et le peu d’honoraires qu’il encaissait de ses clients riches et aisés, il les distribuait aux œuvres de bienfaisance et de charité, offrait des médicaments aux pauvres et, si besoin était, les subventionnait. Sa complice pour faire du bien au prochain était notre sœur Nina "(Positio super virtutibus servi Dei Josephi Moscati viri laici: Summarium, p.15).

C’était une femme à la figure angélique, élancée et distinguée, presque toujours habillée en noir, à l’âme vraiment extraordinaire ; elle avait un nez pointu, une petite bouche, un visage ovale, des yeux noirs, des cheveux foncés et ondulés. Tout en enseignant à l’école primaire, elle se consacra avec générosité à la vie domestique, d’abord en aidant sa maman, puis, après sa mort, en étant le centre unificateur entre ses jeunes frères qui, à l’exception d’Eugenio, n’avaient pas formé de famille. Nina, comme elle l’écrit elle-même, pense à tout pour Peppino:

"Il ne demandait rien, il fallait le suivre et s’occuper totalement de lui ; pour lui faire manger quelque chose de bon, quelquefois il fallait lui dire qu’il la prenne parce que personne n’en voulait ou bien qu’elle allait se perdre. Il fallait toujours en inventer pour lui donner de la nourriture et aussi pour lui fournir ce qui lui servait, à son insu. Pour lui, tout était superflu, même le nécessaire. S’il lui arrivait de trouver un autre costume par enchantement, il finissait par sourire, mis bien volontiers il aurait porté une bure misérable et rude. Jamais il ne pensa à lui. Si on lui faisait des cadeaux, il les regardait comme s’ils ne lui appartenaient pas".(Ercolano Marini, Il Prof. Giuseppe Moscati della Regia Università di Napoli, Giannini, Napoli 1929, pp.267-268).

"Ma sœur Anna- déclara encore Eugenio – était obligée de lui commander toujours les mêmes costumes, sans taille, chez un vieux tailleur, et elle faisait de même pour ses vêtements personnels" (Summarium, p.21). Nina, que le Prof. Guido Piccinino appelle "presque la secrétaire de Peppino" (Summarium, p.39), ramassait le peu d’argent que ses clients les plus riches laissaient sur la table de son cabinet. Son frère, à son retour de ses visites médicales, lui remettait les faibles honoraires qu’il avait acceptés. C’est elle qui conservait le tout et pensait aux diverses œuvres de charité et d’apostolat qu’il lui avait signalées.

Nina faisait en sorte qu’il ne manquait jamais de fleurs fraîches dans son bureau, parce qu’elle savait bien que pour Peppino c’était l’occasion de s’élever vers Dieu et de réfléchir sur la caducité des choses terrestres. Elle est devenue sa confidente et si quelque chose le préoccupe, il en parle avec elle, qui est capable de le rassurer. « Quand un malade non baptisé arrivait à l’hôpital ou qui n’avait pas encore reçu la confirmation – déclara Eugenio au procès de béatification (Summarium, p.10) - il le communiquait immédiatement à sa sœur Nina et elle faisait aussitôt le nécessaire pour administrer les sacrements au pauvre malade ».

Combien de fois, le soir, en rentrant à la maison après une journée exténuante, Peppino racontait à sa sœur qu’il avait été dans une famille pauvre et lui donnait son adresse. Nina comprenait et le jour suivant, modeste, souriante, elle sonnait à la porte d’un « basso » ou d’un appartement de nobles déchus, pour apporter quelque chose qu’elle avait probablement prélevé de leur table quotidienne.

A l’angle de via Cisterna dell’Olio 34, la rue où habitait Joseph Moscati, Salvatore Pipolo a tenu sa boucherie jusqu’en décembre 1987 et il se rappelait bien que si seulement deux fois par semaine il apportait de la viande de deuxième qualité à la famille Moscati , tous les jours Nina lui donnait une liste de personnes âgées ou malades à qui il était chargé de livrer de la viande de première qualité. Le 12 avril 1927, Pipolo fut envoyé en toute hâte appeler le vicaire de S. Maria della Rotonda, Don Enrico Amato, pour administrer sub conditione le sacrement de l’onction des malades à Joseph Moscati. En ce moment tragique, Nina donnait des leçons de cathéchisme dans l’église de S. Maria in Portico.

Cependant, les œuvres de charité étaient seulement une partie des activités de Nina que même le Promoteur Général de la Foi, Raffaele Perez, appelle sa « confidente et très zélée collaboratrice » dans les œuvres d’apostolat et de charité de son frère (Aninadversion du procès de béatification, p. 8).

Un témoignage authentique de l’amour de Nina envers son frère est cette lettre, qu’elle lui écrivit le soir du 28 juillet 1923 en réponse aux vœux qu’il lui avait adressés pour sa fête d’Edimbourg où il se trouvait pour le congrès International de Physiologie, avec les professeurs Filippo Bottazzi et Gaetano Quagliariello:

"Très cher Peppino, merci pour ton télégramme, je l’ai reçu à 11 heures du soir. Ta lettre, celle de tes vœux, je l’ai reçue hier : mon vœu le plus cher est que tu reviennes (et j’en suis sûre) en bonne santé et qu’on ne parle plus de tes yeux….
La foi, la confiance en Dieu sont mes guides et le Seigneur m’a dit depuis longtemps de ne pas me préoccuper, que tu es bien et que tu le seras toujours, toujours, toujours…..tu dois exercer un grand apostolat, le Seigneur l’attend de toi. Je suis tellement heureuse de ton séjour à Edimbourg, je remercie tellement Dieu pour les lumières qu’il me donne et qui, je le reconnais, proviennent de Lui uniquement"
. (L’original se trouve dans l’Archive Moscati).

Après la mort soudaine de Peppino, affrontée en parfaite conformité avec la volonté de Dieu, elle se réjouit que sa réputation de sainteté s’affirme et se diffuse sans l’influence des hommes , mais elle est perturbée quand dans la rue on la montre du doigt comme la sœur du Médecin saint.

Avec le P. Giovanni Aromatisi s.j., Nina se prodigue pour la reposition canonique des dépouilles de son frère dans l’Eglise du Gesù Nuovo (16 novembre 1930) et elle attend réservée, sereine et confiante, la décision de l’église. Malheureusement on n’a pas eu le temps de recevoir le témoignage juridique de Nina, c'est-à-dire de Celle qui mieux que tout autre, a connu la vie intime de Peppino, parce qu’elle décéda le 24 septembre alors que le procès d’information sur sa renommée de sainteté avait commencé le 6 juillet 1931.

Toutefois, dans les mois qui suivirent la disparition de son frère, et toujours sur conseil du p. Aromatisi qui fut pendant des années son confesseur, Nina, outre à rassembler avec le plus grand soin tous les souvenirs qui existaient à la maison, écrivit d’innombrables lettres à des cardinaux, évêques, prêtres, magistrats, professeurs universitaires, professionnels, élèves et personnes qu’il assistait, pour avoir des témoignages et des autographes.

Le tout, sur l’initiative de Mons. Nicola Montirisi, archevêque de Salerne, envoyé à Mons. Ercolano Marini, archevêque d’Amalfi qui utilisa toutes les données recueillies et réussit déjà en 1929 à faire imprimer la première biographie du Prof. Moscati. Tout ce matériel documentaire ainsi que les nombreuses lettres adressées par Nina à Mons. Marini pendant la rédaction de la biographie, est conservé dans les Archives de la Curie de l’Archevêché d’Amalfi. De tout ceci, on peut déduire l’activité intense exercée en peu de mois par l’infatigable demoiselle.

"Maintenant j’aime tous ceux que mon frère angélique aimait "

Photo de Nina Moscati, faite selon les usages de l’époque, à la fin du dix-neuvième siècle, dans un studio de photographie.

Une lettre adressée par Nina au professeur Soccorso Tecce di Castelfranci (Avellino), - « disciple très affectueux » qui plusieurs fois a commémoré son maître- témoigne de la certitude qu’elle avait que son frère était déjà « bienheureux » au ciel. En février 1928, il avait fait parvenir à Nina des impressions écrites sur son frère, dont on il reste actuellement seulement quelques phrases: "âme candide, âme élue ! Souvent il avait l’habitude de nous mettre en garde. La mort précoce l’a trouvé prêt, parce que c’était un homme hors du commun, un Saint" (E.Marini, op.cit., p.354).

Le 9 février 1928, Nina répondit au Prof. Tecce en unissant à son affection tous les disciples de Peppino:

"J’ai reçu ce que vous avez écrit qui est l’empreinte d’un disciple très affectueux de mon Frère angélique. Très cher Professeur, comme je vous suis reconnaissante de l’affection que vous avez toujours eue pour mon cher frère : il vous aimait aussi comme un fils. Et maintenant j’aime tous ceux qu’Il aimait. Il vous assistera avec toute son efficacité devant le Trône de Dieu. Il possède Dieu: il est bienheureux! Je me souviens de vous tous dans la prière : que le Seigneur vous soit toujours propice . (l’autographe est conservé par la famille Tecce, vicolo 3 Cisterna dell'Olio, Napoli).

Un problème de conscience

Elle montre une délicatesse de conscience dans certaines lettres inédites concernant la petite chapelle du palais Moscati de S. Lucie de Serino (Avellino) et la restitution d’une propriété de famille située à la campagne aux sœurs Clarisses du monastère voisin de S. Maria della Sanità. Sur la petite chapelle du Carmine, où pendant des dizaines d’années avait officié D. Carmine Moscati, cousin de son père, incombait une obligation de messes. Nina, le 7 août 1930, écrivit à son cousin Pasqualino Moscati, qui résidait au palais, pour qu’il fasse une enquête poussée:

"Je te demande un service, et si tu le fais consciencieusement je me permettrai de t’offrir un souvenir…..dans tous les papiers de l’oncle Carmelo, recherche bien tout ce qui peut nous intéresser en ce qui concerne les Messes dans notre Chapelle. Vois un peu à retrouver les obligations que nous avons pour l’oblation des Messe si quotidienne – si seulement les jours de fête, vois bien tout ce qui concerne la Chapelle. C’est une question de conscience, et je veux tout mettre en ordre… je dois en informer un Evêque qui parlera pour nous à l’Evêque de Salerne [mons.Nicola Monterisi], à Rome etc.etc…et moi, je mets en ordre … chaque chose… Fais attention - travail scrupuleux – tu le portes sur ta conscience et celle de tes enfants" (La lettre est conservée par le fils de Moscati, Ciriaco, via Orsi 33, Naples).


Deuxième Partie

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