Influences franciscaines sur la spiritualité de

Saint Joseph Moscati - I

Sebastiano Esposito s.j.
[Traduction par Antonella Nappo]

Les origines -- Mon "confesseur habituel" -- "L’idéal franciscain ne pouvait pas ne pas lui sourire"
"Épouser Soeur Pauvreté" -- "Je suis pauvre: voilà tout"

Les recherches hagiographiques sur Joseph Moscati ont été orientées, dès le début, à la collecte de beaucoup de données et épisodes pour documenter la vie très intense du Médecin Saint. Trop peu d’espace a été, au contraire, consacré à reconstruire la genèse, les influences et les caractéristiques de sa spiritualité.

Cela ne doit pas être attribué à distraction ou manque d’intérêt des hagiographes, mais plutôt à la modestie relative des documents qu’expliquent les origines, les influences et le mûrissement de la vie spirituelle d’un saint extrêmement réservé en ce qui concerne l’histoire des ses relations avec Dieu. Testore, souligna opportunément la question:

"Il ne lassa pas beaucoup d’écrits dans son journal et ses papiers, parce qu’il était très discret et circonspect en parlant de lui-même. Ainsi, nous n'avons rien que nous révèle totalement le secret de sa transfiguration graduelle en Christ; au contraire, il eut une attention très spéciale de détruire tout ses choses; et ce que reste est seulement ce que les amis fidèles ont conservé de ses lettres ou que fut repêché dans la corbeille à papier ou oublié au fond d’un tiroir du bureau" (1).

Malgré ces obstacles, en concordant opportunément les données et les épisodes de vie avec quelque rare témoignage autographe parvenu à nous, c’est possible examiner avec circonspection la structure portante et les éléments constitutifs de son "sanctuaire intérieur".

Père Agostino Gemelli

Naturellement, déjà au premier coup d’œil, on voit très bien la complexité de la structure et l'hétérogénéité des éléments qui constituent la vie spirituelle de Joseph Moscati. Mais cela ne doit pas décourager la tentative de mettre en évidence quelque-uns de ces éléments, pourvu que ne cède à la tentation de réduire tout à une seule composante. Cette courte note tachera de montrer comme des aspects de la spiritualité de Moscati aient une empreinte franciscaine.

Les origines

C’est superflu souligner l'importance déterminante qu’exerce la période de l’enfance dans la vie d’un homme et donc d’un saint. Ce principe général doit être réitéré et considéré attentivement pour Moscati, à la lumière des nombreux témoignages qu’attestent la précoce intelligence et maturité du petit Peppino. D’autre part, lui-même nous dira que quelques-une de ses décisions, très importantes pour sa vie future, furent prises pendant la première jeunesse.

D'ailleurs, malgré l'importance que la première enfance exerce dans le reste de la vie, - surtout dans la vie intellectuelle et morale – l’histoire intérieure de beaucoup d’hommes traverse une période de crise, quelquefois de rejet de son enfance, que paraît comme séparée et dépassée par le développement postérieur.

En ce qui concerne Moscati et, surtout, sa vie de foi, nous relevons un type, unique en son genre, de cohérence et continuité presque absolue entre ce monde enfantin et la maturité vigoureuse et définitive. En d’autres termes: les vérités fondamentales apprises et cultivées dans l'enfance resteront intactes dans la vie de Moscati jeune, adulte, savant, saint.

C’est à un médecin, psychologue et franciscain, de souligner promptement et avec force cette particularité dans la vie de Moscati. Au début du 1930 (c’est-à-dire deux ans plus tard depuis la mort du Professeur), dans un article apparu dans Vita e Pensiero, Père Agostino Gemelli décrivait un portrait de Moscati qu’en le relisant, se révèle extraordinairement riche d'intuitions et de prévisions ponctuellement confirmées par l’histoire (2).

En délinéant le profil, Gemelli insiste beaucoup sur la parfaite et jamais troublée fusion entre science et foi dans l’esprit et le coeur du Médecin chrétien mort depuis peu et, avec la compétence du psychologue, remonte à la période de l'enfance:

"Je veux dire avec tout cela qu’en Joseph Moscati se réalise ce phénomène, malheureusement assez rare entre les experts de sciences médicales, d’une fusion parfaite et consciente du chrétien, du savant et de l'homme. [...] En reconnaissant que Dieu est l’auteur de l'ordre matériel et surnaturel il avait trouvé le moyen pour arriver aux harmonies de science et foi. ( 3)"

La maison de la famille Moscati
à Sainte Lucie de Serino (Avellino)

Cette enfance, si fondamentale pour l’homme et le croyant mûr, a eu un point de repère affectif et spirituel très important en Irpinia, exactement en Sainte Lucie de Serino. Même s’il naquit à Bénévent -cité qu’il aimera et honorera toujours - Moscati sera très attaché à Irpinia et à Sainte Lucie de Serino, lieu d'origine de la famille Moscati, où il, pendant l’enfance surtout, passait ses vacances avec ses parents.

Pendant le voyage vers Édimbourg en 1923 pour participer à un congrès, il observe par le train une partie du paysage français, et annote:

"Nous sommes en train de traverser des vallées entourées de montagnes recouvertes de châtaigniers (Bourgogne). Ça et là les rubans argentés des fleuves: qu’il est semblable ce paysage à l’inoubliable Serino, l'unique lieu du monde, Irpinia, où je passerais mes jours très volontiers, parce qu’il rassemble les plus aimées, les plus doux souvenirs de mon enfance et la dépouille mortelle de ma famille" (4).

En recevant la nouvelle de la mort d’un cousin de son père:

"La fin d’oncle Carmelo est l’effondrement de beaucoup de souvenirs très chers liés à sa personne. Oh les doux souvenirs de l'enfance, des montagnes de Serino! Choses et gens du pays de mon père sont pincements indélébiles au coeur; et la mort de tous les témoins de ma passée insouciance est une désillusion ultérieure: s’écroule la partie romantique de ma personnalité! Et je me sens seul, seul et près de Dieu! (5).

Dans le cadre de ce paysage de la nature et de l’esprit, auquel Moscati sera toujours attaché, mûrissent ses premières expériences religieuses et son premier contact avec la spiritualité franciscaine.

Récemment Père Marranzini (qu’a édité l'édition des écrits plus importants de Moscati et est originaire de Sainte Lucie de Serino), a dédié un volume de recherche et documentation historique à l'église de Sainte Marie de la Santé et au Monastère des Clarisses de Sainte Lucie de Serino, restaurés après le séisme du 1980. Le livre souligne l’importance, pour l'art et la culture, de ce centre de spiritualité franciscaine (6).

Un chapitre entier est dédié aux rapports que le monastère eut avec la famille Moscati. Rapports intenses et très cordiaux. Il faut penser que: "Beaucoup de Moscati jeunes ont étés éduqués par les Clarisses, et quelques-unes de leurs ont porté l'habit franciscain et ont étés même abbesses". Et le chevalier Francesco Moscati,, père du petit Joseph, pendant la période des vacances, "allait souvent avec toute la famille à la voisine église des Clarisses et quelquefois rendait visite même son parent Sœur M. Raffaela Moscati"". Ne se doit pas oublier le geste d’amitié et générosité, avec lequel Nina Moscati après la mort de son frère et touche à sa fin, voulut rendre au monastère un fonds rustique que ses ancêtres avaient légitimement acheté.

Son frère Eugenio au procès attestera en outre: "Lorsque nous allions à la campagne, à Serino, c’est à dire à la maison paternelle, il fréquentait souvent et avec une grande pitié la Chapelle de la Maison et l'église des Pères Franciscains dans le village Sala qu’est à demi-heure de Serino."

L’église de sainte Claire, officiée par les Franciscains
presque en face du Gesù Nuovo

"Mon confesseur habituel"

Une autre source d'influences franciscaines sur la formation de Moscati est la personne et l'aide de son confesseur habituel. Le choix d’un franciscain comme guide spirituel pendant les années de la jeunesse et ensuite de la maturité, continue et confirme les expériences spirituelles précédentes. Mais cette fois-ci ne se peut pas parler de circonstances indépendantes de sa volonté : c’est un choix conscient et autonome, qui doit être évalué attentivement par ceux qui veulent se rapprocher du monde spirituel du Médecin Saint.

Le choix est encore plus significatif, si nous pensons aux rapports quotidiens et familiers qu’il a toujours gardé avec beaucoup de prêtres et religieux, surtout avec les jésuites du Gesù Nuovo. Avec les fils de saint Ignace il s’est consulté sur problèmes de foi et de science, a visité comme médecin leurs novices, a obtenu la recommandation du leur Provincial chez les communautés de Londres et Edimbourg, où a causé avec un jésuite ex médecin de questions scientifiques et où a été invité à déjeuner, comme il raconte reconnaissant et enthousiaste à tout le monde.

Moscati a collaboré sur le plan scientifique avec un jésuite né à Bénévent, Père Joseph De Giovanni (7), mais son confesseur habituel, à partir du début du siècle jusqu’à la mort, sera un franciscain ou mieux deux franciscains qui se sont relayés. Nous connaissons de plus Père Pio Brizzi, qui resta en sainte Claire comme pénitencier de 1922 à 1932 et ensuite de 1936 jusqu’au premier 1944, jour de sa mort.

À propos de Moscati pénitent, P. Brizzi ainsi témoigne au procès:

"J’ai connu le Serviteur de Dieu le Prof. Joseph Moscati vers février de 1922, lorsqu’il vint chez nous, dans le Convent de sainte Claire à Naples pour se confesser. Il cherchait son confesseur Père Gilles Rocchetti mais il était malade. Alors, je l’accompagnai au lit du Père et ensuite il me demanda d’aller à confesse avec moi. Dès ce moment jusqu’au matin du 12 avril de 1927 je fus son confesseur sans cesse."

Et le même Père Brizzi nous donne une information précieuse en ce qui concerne le confesseur qui l'avait précédé: "Je me rappelle que le Serviteur de Dieu paya de sa poche l’enterrement dePère Gilles Rocchetti, son confesseur pour 22 ans" . Information précieuse, je répète, parce qu’il atteste que le confesseur habituel franciscain est une figure que l’accompagne depuis sa jeunesse, et non seulement pendant les derniers ans.

Image de saint François appartenu à saint Joseph Moscati

"Habituel" signifie que le Professeur s’est confessé aussi avec autres religieux, lorsque l'opportunité ou la nécessité l’exigeait, comme lui-même nous dit (8).

D'autre part, une fréquentation si longue a certainement exercé une influence sur sa spiritualité, en mûrissant les germes pris, pendant années lointaines, dans le terrain franciscain de la terre ancestrale... Au doct. Antonio Nastri, qui s’adresse à lui pour avoir le nom d’un père spirituel, Moscati réponde en lui donnant le nom de son confesseur. Il exalte grandement sa qualité de franciscain, qu’il ne considère pas comme une qualité secondaire ou accidentelle:

"J’admire vos résolutions, d’avoir confiance en un savant Père spirituel. Permettez-moi de vous présenter mon Confesseur, Père Pio, qu’est dans le Convent de sainte Claire, à Naples. Il est toscan, et vient de la séraphique province de la Verna, de montagnes où Père Francesco eut "le dernier sceau". Toutes les nuits, même quand il neige, les Pères de ce Convent vont en procession, en psalmodiant, à la place où le Patriarche reçu les Sacres Stigmates; et c’est un fait désormais établi que pendant les siècles même les sceptiques s'enflamment, en habitant dans ce siège. Père Pio vient de ce lieu. Dans le Convent de sainte Claire de Naples, qui dépend directement du Saint-Siège, il y a les pères franciscains plus élevés" ( 9).

"L’idéal franciscain ne pouvait pas ne pas lui sourire."

La manifestation concrète et convaincante de l'influence exercée sur sa vie par l'idéal et l’esprit franciscain, n’est pas offerte par l'adhésion à groupes ou associations qui se rapportent à cette spiritualité, mais avec son style très particulier de vie chrétienne pauvre, désintéressé et charitable.

Seulement son confesseur Père Pio Brizzi , pouvait le savoir et nous informer. À la question: "Est-ce que le prof Joseph Moscati était Tertiaire de saint François?" il répondait:

"Pas encore de nom et d’affiliation, parce qu’il me dit une fois, il craignait de manquer à ses obligations. Et moi, en respectant la liberté de sa délicate conscience, n’insistais pas. D’ailleurs il est avéré que Moscati était plus qu’un tertiaire dans son esprit, parce que l’idéal franciscain ne pouvait pas ne pas lui sourire. Il était si désintéressé et en même temps charitable, si simple et exemplaire qu’il n’était pas un étranger devant cet idéal." ( 10).

Je croix que ce témoignage digne de foi, accordé par son confesseur habituel, est jusqu’aujourd’hui une des meilleures contributions pour toutes les futures analyses et synthèses de la spiritualité de Moscati. Père Gemelli en croyant, en ce temps-là, à cette affirmation termina sa description du Médecin napolitain avec les mots du confesseur.

À la lumière de ce témoignage, se révèle plausible et cohérente le style typique et très original que caractérisa la vie du célèbre Professeur: un style de grand désintéresse et de charité infinie, mais avant tout un style de personale, réelle et radicale pauvreté.

Notes
1.
C. Testore s.j., Il Prof. Joseph Moscati della Regia Università di Napoli Naples 1929, p.105. Entre ceux qui repêchèrent les peu feuilles par la corbeille à papier, il faut rappeler Nina, soeur du Saint
2. A. Gemelli 0.F.M., Una esemplare figura di medico cristiano. Il napoletano Prof. Joseph Moscati, dans Vita e Pensiero, 21 (1930), pp. 225-230,
3. A.Gemelli O.F.M., op.cit., pp.225-226.
4. A. Marranzini s.j., Joseph Moscati modello del laico cristiano di oggi Rome, 1989, pp. 81-82. (La transcription des textes a été comparée avec les manuscrits originaux, gardés aux Archives Moscati de Rue San Sebastiano 48, à Naples).
5. A. Marranzini s.j., op.cit., pp. 187-188.
6. A. Marranzini s.j., La chiesa di S.Maria della Sanità. Monastero delle Clarisse. S.Lucie di Serino, Salerne 1993.
7. Il écrit la Préface à un petit volume ayant pour titre: L'eugenica (Naples 1925), composé par le Prof. M.Mazzeo et le Père Joseph De Giovanni s.j., né à Bénévent, qui fut même témoin pendant le procès apostolique de Moscati, de qui fut un grand ami. La Préface est citée en A.Marranzini , oeuvre citée, pp. 351-355.
8. Ainsi, par exemple, avant de partir pour Édimbourg: "Et le soir précédent au jour du départ, m’agenouillai devant mon confesseur, le Père Perrillo barnabite (parce que le Père Pio, mon confesseur habituel était absent)." (A.Marranzini, oeuvre citée., p. 152). Un épisode analogue arrive à Édimbourg: "Hier j’allai au Sacre Coeur des Jésuites: mais je ne rencontrai pas le Père Nicholson pour lequel j’avais une lettre du Père Jollain. Je connus au contraire un Père maltais (Agius), qui après la maîtrise en médecine, était entré dans l’ordre. Il parlait l'italien très bien. Je profitai de la situation pour me réconcilier avec Dieu, grâce à lui" (Ibid., p.166.).
9. A. Marranzini s.j., oeuvre citée., pp. 324.
10. Témoignage mentionné par E.Marini, Il Prof Joseph Moscati della Regia Università di Napoli, Naples 1929, p. 247.

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