La Vierge Marie, Mère du Ressuscité | ![]() |
Jean Galot s.j. - [Traduction par Françoise Matera] |
Accueil du Seigneur ressuscité
Associée de façon unique au sacrifice de la croix en tant que Corédemptrice, Marie a été intimement unie au triomphe de son Fils ressuscité.
Pour les Apôtres, le drame de la croix est déchirant. Au moment de l’arrestation de Jésus, ils avaient tous fui. Puis, ils ont suivi le déroulement des événements et le procès qui a pris fin avec la condamnation prononcée par Pilate. Ils ont vu Jésus souffrir et mourir sur la croix. La mort du Maître, dans un supplice honteux, était une catastrophe pour les disciples qui avaient cru en lui et placé en lui toutes les espérances d’un règne messianique. L’ensevelissement du corps, à la hâte, dans un sépulcre improvisé, semblait mettre fin, définitivement, à l’aventure de la mission évangélique.
Pour Marie, l’épreuve a été très douloureuse. Mais le récit évangélique nous laisse penser que la mère du crucifié a réagi avec courage à l’événement catastrophique qui la frappait dans son sein maternel : Marie "était debout près de la croix ".». Elle restait debout au milieu de la colère des hommes et ne se laissait pas abattre par la douleur.
Sa présence très proche de la croix montrait son désir de partager toutes les souffrances avec son Fils et participer ainsi à sa mission salvatrice.
La mort de Jésus ne fit flancher ni la foi ni l’espérance de Marie. Déjà plusieurs fois, , Jésus avait annoncé que le troisième jour après sa mort, le Fils de l’homme serait ressuscité. Nombreux étaient ceux qui avaient entendu ces paroles mais les apôtres n’en avaient pas compris le sens et les femmes qui entouraient Jésus les avaient oubliées. Marie était la seule qui avait recueilli avec foi la prédiction et après sa mort elle attendait la mystérieuse résurrection du Fils de l’homme. . Elle était la seule à vivre dans cette espérance.
C’est l’espérance qui a ouvert son cœur à la venue de son Fils, le troisième jour. Jésus, qui ressuscité, est apparu aux femmes avant d’apparaître aux disciples, s’est montré d’abord à sa mère en répondant ainsi à sa foi et à son espérance. Il a transformé son cœur de mère plein de douleur en un cœur plein de joie.
Il est vrai que les évangiles ne nous rapportent pas cette apparition du Christ ressuscité à sa mère. Ils rapportent quelques apparitions, aux femmes puis aux disciples. Nous pouvons comprendre que les évangélistes n’étaient pas très favorables à rapporter une apparition de Jésus à sa mère parce que, en tant que mère, son témoignage pouvait être considéré comme trop sensible à l’honneur de son Fils et donc moins capable de convaincre. Les récits des autres apparitions étaient destinés à renforcer la foi à l’effet de la résurrection.
En lui-même le témoignage de Marie avait une valeur inestimable mais il n’a pas été utilisé dans la catéchèse évangélique. Toutefois, nous devons noter que dans les récits évangéliques des apparitions du Christ ressuscité, nous trouvons un indice prouvant que Marie a été la première à revoir son Fils, le matin de la résurrection.
Ce matin-là, plusieurs femmes se rendent au sépulcre. Elles veulent compléter avec des aromates l’onction du corps de Jésus qui n’avait pu être achevée quand il avait été mis au tombeau ; elles souhaitent aussi retrouver quelque trace de la présence du Christ. Ces femmes sont Marie Madeleine, Marie mère de Jacques et de Salomé (Marc 16, 1); Marie, la mère de Jésus, n’est donc pas citée parmi ces femmes.
Cette absence donne à réfléchir. Il semble que logiquement Marie aurait dû être une des premières femmes à rendre visite au tombeau. Si elle n’est pas parmi ces femmes, c’est un signe que cette visite serait inutile, parce qu’à ce moment-là, « au lever du soleil », Marie a déjà vu son propre Fils.
L’indice est confirmé par le fait que dans ses apparitions de ressuscité, Jésus se montre en premier lieu à tous ceux qui au moment de la Passion, lui avaient manifesté leur fidélité. Marie avait été celle qui par excellence avait montré une fidélité absolue. Elle était restée debout près de la croix, parce que, en réponse à tous ceux qui manifestaient leur hostilité, elle voulait offrir à son Fils tout son amour. Face à ceux qui insultaient le Seigneur crucifié, elle avait voulu rester unie à toutes ses souffrances.
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parce qu'elle nous libère du péché et de la mort. |
Elle avait été la première à croire en son Fils, et dans l’épreuve, elle croyait en lui plus que jamais. A l’approche de sa mort, elle gardait toute son espérance, attendant l’accomplissement de la prophétie de la résurrection du Fils de l’homme, le troisième jour.
Le don de la première apparition du Christ ressuscité était donc pleinement justifié. La mère qui avait participé de tout son cœur à la Passion de Jésus était la première à accueillir le Rédempteur glorieux.
Joie de la résurrection
La joie ressentie par Marie lors de la première rencontre avec son Fils ressuscité était une joie destinée à durer. Ce n’était pas la première fois que Marie recevait d’en haut une invitation à la joie. La première parole de l’ange, au moment de l’Annonciation, avait été: "Réjouis-toi ". C’était le signe que le message apporté par l’ange avait comme but essentiel le bonheur de l’humanité. L'invitation à la joie était la première parole destinée aux hommes. Marie était invitée à se réjouir pour les peuples et, de façon encore plus générale, pour tous ceux qui attendaient le salut.
Plus particulièrement, il s’agissait d’une invitation à la joie pour la venue du roi messianique, venue qui devait s’accomplir avec le consentement de Marie à la proposition de maternité. Avant de donner son consentement, Marie était exhortée à se réjouir parce qu’elle devait entrer avec une joie personnelle dans le dessein divin. La joie devait répondre à une volonté divine pleine de bienveillance et offrir son concours à la plus large diffusion d’un programme de salut.
La joie demandée par l’ange était donc orientée vers un futur mystérieux. Le message consistait en une grande promesse qui avait la garantie de l’aide toute puissante du Père pour son accomplissement. La future mère était invitée à se réjouir avant la naissance de l’enfant. Mais les paroles suivantes de l’ange donnaient la certitude de cette naissance ainsi que de toutes les promesses liées à celui qui devait être appelé Jésus: "Dieu sauve". ». Toutes les perspectives du message de l’Annonciation confirmaient la réalité abondante de la joie prête à envahir les cœurs des hommes.
Comme cette joie était complètement déployée vers un futur splendide, elle peut être définie comme la joie de l’espérance. L’invitation « Réjouis-toi » voulait faire naître une grande espérance. Marie, qui, jusqu’à ce moment-là, avait vécu avec l’espérance judaïque, voyait s’ouvrir à elle une nouvelle espérance qui promettait un bonheur plus grand. Tous les termes utilisés dans le message pour annoncer le destin de l’enfant messianique contribuent à apporter un fondement plus profond à l’invitation à la joie, joie d’une espérance qui ne pouvait pas décevoir.
Cette joie initiale était destinée à grandir ; elle trouve un développement successif dans l’accomplissement de la mission salvatrice de Jésuset la plénitude dans l’événement de la résurrection. Par cet événement d’une importance suprême, Marie reçoit une nouvelle invitation à la joie : il ne s’agit plus d’une joie pour le projet de salut lié à la future naissance de l’enfant Jésus, mais de la joie qui naît de la nouvelle vie de la résurrection. Le projet a été pleinement accompli ; celui qui trente ans auparavant, avait réjoui sa mère par sa naissance, renaît maintenant à une nouvelle existence céleste.
L’invitation à la joie ne vient plus d’un ange mais du Christ lui-même, le triomphateur, qui se montre à sa mère pour lui permettre d’accéder à un bonheur définitif. Déjà à la veille du drame de la croix, il avait annoncé, en même temps que la douleur imminente, la joie qui devait suivre l’épreuve. Il avait assuré qu’il n’y aurait pas toujours que de la tristesse: "En vérité, en vérité, je vous le dis, vous pleurerez et vous vous lamenterez…. vous serez dans la tristesse, mais votre tristesse se changera en joie….Vous êtes maintenant dans la tristesse; mais je vous reverrai, et votre coeur se réjouira, et nul ne vous ravira votre joie" (Jean 16, 20.22).
C’était la joie promise aux disciples pour les aider à surmonter l’épreuve. Nous pouvons noter que Jésus pensait plus particulièrement à sa mère quand il annonçait ce passage de la tristesse à la joie dans le drame de la rédemption. Ce n’est pas par hasard qu’il se sert de l’image de l’enfantement. "La femme, quand elle enfante, éprouve de la douleur parce que son heure est venue; mais, lorsqu'elle a donné le jour à l'enfant, elle ne se souvient plus de la souffrance, à cause de la joie qu'elle a de ce qu'un homme est né dans le monde" (Jean 16, 21).
Marie a fait, à l’occasion de sa maternité, l’expérience des douleurs de l’enfantement mais cette expérience comportait surtout le passage de la douleur à la joie, qui a pris toute sa valeur dans le passage de la mort à la résurrection. La joie de la mère devait correspondre à la la naissance d’une nouvelle humanité.
La nouvelle vie
Avec la résurrection, une nouvelle vie s’est développée dans la communauté fondée par le Christ. Les apparitions de Jésus ressuscité ont bouleversé les disciples et créé une nouvelle mentalité. Les récits évangéliques rapportent particulièrement la transformation des cœurs opérée par le Seigneur sorti du tombeau. Nous voyons comment Marie Madeleine, très attristée parce qu’elle pensait que quelqu’un avait prélevé le corps de Jésus, s’ouvre à la joie quand elle reconnaît le Maître vivant.
Les disciples d’Emmaüs sentent leur cœur brûler quand Jésus leur explique le plan divin révélé dans l’Ecriture. Pour les Apôtres, la joie de voir et de toucher le ressuscité est si intense qu’ils ne peuvent croire ce qu’ils constatent: "De la grande joie ils ne croyaient pas encore et étaient stupéfaits" (Luc 24, 41).
Cette transformation des cœurs a commencé par la transformation du cœur de Marie. Celle qui avait pleinement participé à l’offrande du sacrifice a participé de la façon la plus complète qui soit au triomphe pascal et a voulu partager la joie de la résurrection avec tous.
La piété chrétienne a compris profondément le drame qui s’est déroulé avec la passion du Christ dans le cœur maternel de Marie : « la Piété » en est le signe. En communion avec l’Affligée, les fidèles désirent vivre cette passion, conscients que Marie est le modèle de tous ceux qui s’unissent à l’offrande rédemptrice. Mais d’autre part, il n’est pas possible possible de séparer la compassion maternelle de la participation à la victoire du Christ ressuscité.
Opérer cette séparation serait ignorer la prédominance de la résurrection sur la mort. Pour souligner cette prédominance, Jésus a toujours ajouté à la prédiction de sa passion et de sa mort, l’annonce de sa résurrection. Dans le plan du Père, la glorification du Christ est le but qui donne une signification juste au chemin douloureux. La religion chrétienne peut être définie religion de la croix, mais il est encore plus exact de la qualifier de religion de la résurrection.. Dans le culte, l’apogée de la célébration liturgique n’est pas le vendredi saint mais la fête de Pâques.
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Pour cela Il invite Thomas a "vérifier" qu'il est vraiment ressuscité, comme il avait dit. [Christ et Thomas, peinture de Lopez de Arteaga] |
L’importance suréminente de la résurrection met en lumière la prédominance de la vie sur la mort. De par sa maternité, Marie était porteuse de vie. Par la résurrection du Christ, une vie supérieure est donnée à l’humanité.
Cette vie, qui triomphe de la mort, est animée d’un grand amour. Un aspect remarquable des apparitions du Seigneur ressuscité est l’humilité de celui qui apparaît. Il aurait pu manifester sa victoire avec plus de bruit. Il aurait pu apparaître à ses ennemis qui l’avaient conduit au supplice de la croix et prendre sa revanche en les voyant humiliés. Il n’a pas voulu obtenir de satisfactions de ce genre. Jésus a seulement montré son visage de ressuscité à ceux qui étaient disposés à le croire. Il démontrait ainsi que sa victoire était la victoire de l’amour.
Il devait lutter pour faire admettre à ses disciples le fait de sa résurrection, mais dans cette lutte il restait patient et bienveillant. L’humilité qui avait animé son obéissance au Père dans l’acceptation et dans l’offrande du sacrifice persévérait dans le triomphe personnel qui conduisait l’humanité vers une nouvelle vie.
Marie appréciait particulièrement cet accent mis sur la victoire de l’amour. D’une part, elle se réjouissait énormément pour l’événement qui avait libéré définitivement Jésus de l’épreuve et lui avait assuré la souveraineté sur le règne de la mort. D’autre part, elle espérait que son Fils, par la séduction de son amour , puisse attirer et gagner tous les cœurs.
Intimement associée à l’œuvre du salut, Marie voulait contribuer à la diffusion de la nouvelle vie qui naissait du Christ ressuscité. En suivant l’orientation de la victoire vue comme la victoire de l’amour, elle plaçait toute sa confiance dans la séduction mystérieuse exercée par le Sauveur. Cette confiance pouvait trouver un soutien particulier dans une déclaration de Jésus qui après sa résurrection a pris toute sa valeur: "Moi, quand j’aurai été élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi" (Jean 12,32).
L’évangéliste note que Jésus fait ainsi allusion à sa mort : il aurait été élevé sur la croix. Mais « être élevé de la terre » pouvait aussi se référer à l’élévation glorieuse qui se serait produite dans la résurrection. Jésus contemplait dans un unique regard prophétique les deux élévations : à travers l’élévation sur la croix,l’élévation céleste. Dans cette élévation douloureuse et glorieuse, il aurait attiré tous les hommes.
De la résurrection à l’ascension
Les quarante jours qui vont de la résurrection de Jésus à l’Ascension constituent une période spéciale, comportant de nombreuses interventions du ressuscité qui confirment sa présence auprès des disciples. Nous pouvons parler de nombreuses interventions parce que Jésus apparaît à beaucoup de personnes et en des lieux différents, sans que nous possédions d’informations précises sur ces apparitions.
"de plus de cinq cent frères à la fois : la plupart d’entre eux sont encore en vie, tandis que d’autres sont morts"(1 Corinthiens 15,6). Quelquefois Jésus prenait un repas avec ses disciples. Dans son enseignement, il parlait du règne de Dieu qu’il voulait instituer sur terre.
Nous ne savons pas si, après sa première apparition le matin de la résurrection, Jésus est apparu d’autres fois à sa mère. Mais il est possible que Marie ait assisté à d’autres apparitions qui concernaient d’autres personnes. Si ce fut le cas, une nouvelle joie était donnée à la mère du Ressuscité, qui n’en avait pas besoin pour soutenir sa propre foi, mais qui retrouvait avec grand plaisir son Fils.
Il est sûr que les femmes proches de Marie n’ont pas omis de lui rapporter des détails sur les rencontres avec Jésus et sur les paroles qu’il a prononcées. La période de quarante jours a permis à Marie d’apprécier plus intensément la joie et la paix qui venaient du nouvel état du Christ ressuscité.
Comme Jésus, dans ses apparitions, parlait fréquemment du règne de Dieu pour introduire ses disciples dans le mystère de la future Eglise, Marie se sentait particulièrement engagée dans la nouvelle étape qui faisait partie de sa mission maternelle. La préparation à l’institution du règne signifiait aussi le départ imminent de Jésus de la terre. Déjà dans la dernière cène, le Maître avait annoncé que pour envoyer l’Esprit Saint, il devait s’en aller: l’Esprit aurait eu la tâche de fonder le règne sur la terre, de faire naître l’Eglise.
Cette annonce avait suscité un sentiment de tristesse chez les apôtres : ils désiraient garder la présence de Jésus au milieu d’eux, une présence concrète, visible qui avait fait leur joie quand ils accompagnaient le Maître dans sa mission.
Marie elle aussi aurait pu être frappée de tristesse en constatant que Jésus préparait son départ. Après avoir retrouvé la présence de son fils par la résurrection, elle devait consentir à perdre cette présence dans un départ qui semblait définitif. Mais c’était une exigence du plan divin et Marie l’avait toujours intégralement acceptée.
Cette fois, elle l’acceptait encore plus facilement, parce qu’elle possédait dans son cœur la vie nouvelle de la résurrection, la joie et la paix qui ne pouvaient pas disparaître de son existence.
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