La Vierge Marie, Vierge | ![]() |
Jean Galot s.j. - [Traduction par Françoise Matera] |
Vierge choisie par Dieu
Dans le récit de l’Annonciation, Luc nous rapporte que « l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu à une vierge » et que « la vierge s’appelait Marie ». Quelquefois, on a attribué au terme de « vierge » la signification de « jeune fille » sans affirmation de la virginité comprise dans son vrai sens. Mais l’intention de l’évangéliste était de souligner cette virginité, comme l’épisode le confirme.
L’affirmation de la virginité semble paradoxale parce que Marie est « l’épouse promise à un homme de la maison de David, appelé Joseph ». Luc le dit clairement en sachant que l’état d’ « épouse promise » ne coïncide pas normalement avec la volonté de rester vierge. Il a reçu, grâce aux souvenirs de Marie transmis aux apôtres, des informations sur l’Annonciation, sur le mariage de Marie avec Joseph et sur la volonté de Marie, partagée avec Joseph, de vivre dans la virginité.
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Il s’agit d’un état exceptionnel, unique, déterminé par les exigence propres au mystère de l’Incarnation. Pour la venue du Fils de Dieu au monde, il était nécessaire, selon le dessein du Père, une naissance virginale. Le Fils, dans la nature humaine qu’il voulait assumer pour vivre une vie semblable à celle des autres hommes, pouvait avoir uniquement le même Père qu’il avait dans sa nature divine : tout père humain était exclu dans la génération humaine de ce fils. Le père, par l’intermédiaire de l’Esprit Saint, opère la génération avec le concours d’une mère virginale.
La virginité est donc une condition de la coopération de la femme au mystère de l’Incarnation. Mais d’autre part, le développement harmonieux de la vie humaine du fils incarné requiert le milieu familial. Il aurait été impossible d’imaginer cette vie humaine avec la seule présence de la mère virginale, qui aurait eu le devoir de pourvoir à tous les besoins de l’enfant et de lui assurer tout le nécessaire pour qu’il grandisse heureux. Mais même si les qualités de Marie avaient pu procurer une excellente éducation à Jésus, elle n’auraient pas pu constituer l’ambiance idéale pour sa croissance. Seul une famille, avec la présence de deux parents, peut créer cette ambiance.
Ainsi s’explique que la grâce qui a inspiré à Marie le désir de vivre dans la virginité l’a aussi orientée vers des fiançailles avec Joseph. Les deux orientations étaient requises par le mystère de l’Incarnation. La virginité de Marie a donc un caractère exceptionnel parce qu’elle a été associée à l’engagement du mariage. Elle n’a rien enlevé à la valeur et à l’amour de ce mariage. Nous devons reconnaître en Marie le modèle de la virginité mais aussi le modèle de l’amour pur et noble de l’épouse. La conciliation de ces deux modèles d’amour a été nécessaire pour la formation du visage du Christ.
Nous pouvons noter plus particulièrement que l’engagement de Marie dans la vie virginale ne comporte aucun signe de mépris ni de manque d’estime pour le mariage. En suivant l’orientation donnée d’en Haut à son existence, Marie a voulu faire à Dieu l’hommage d’un cœur virginal mais elle a aussi voulu être pour Joseph une épouse pleine d’amour et toujours fidèle.
Au cours des siècles, Marie a été considérée comme le modèle de la vie consacrée. . Elle est réellement ce modèle mais nous ne pouvons jamais oublier que Marie a vécu sa virginité dans une situation exceptionnelle qui ne pourra jamais se reproduire dans l’Eglise pour la raison que, en vue de l’Incarnation, elle devait s’engager dans le mariage. Les conditions concrètes de ce mariage virginal mettent en lumière son caractère unique, improposable dans cette forme à l’imitation de chrétiens qui se sentent attirés par l’idéal de la virginité.
Vénérée comme Vierge fidèle, Marie apparaît comme un modèle d’amour qui se consacre totalement au Christ, en surmontant toutes les tentations et toutes les épreuves. Sa fidélité est aussi digne d’admiration et d’imitation dans la perspective du mariage, en tant qu’épouse de Joseph. Nous savons que la fidélité dans le mariage est un idéal qui nécessite beaucoup de soutien et d’encouragements qui l’aident à persévérer. L’image de Marie, épouse toujours profondément unie à Joseph, encourage à persévérer dans la fidélité ceux qui seraient tentés d’aller chercher ailleurs le bonheur de l’amour mais qui reçoivent aussi de la grâce, la force de rester fidèles.
Virginité et maternité
Il est important de comprendre que chez Marie, virginité et maternité sont associées pour un enrichissement mutuel, sans que la virginité puisse enlever quelque chose à la maternité et que la maternité puisse nuire à la virginité.
Dans le dialogue avec l’ange, la virginité est déclarée être un obstacle à la proposition de maternité: "Comment cela sera-t-il alors que je ne connais pas d’homme?" (Luc 1,34). Il faut noter que Marie ne dit pas, comme cela a été souvent traduit : « Comment est-ce possible ? », mais « Comment cela sera-t-il ? ». Comme elle croit à la parole de l’ange, elle croit que ceci « sera ». Elle demande seulement « comment » sa réponse est une réponse de foi, qui désire plus de lumière.
L’obstacle est évident : « je ne connais pas d’homme ». la déclaration veut dire : « Je suis vierge » ou encore « Je vis sans avoir de rapports avec un homme ». Marie n’affirme pas son intention de virginité pour l’avenir, mais seulement l’état actuel de sa virginité. Etant donné qu’elle considère cet état comme une difficulté pour accepter le projet de maternité qui lui est proposé, elle sous-entend sa volonté de continuer à vivre dans la virginité. Seule sa persévérance à rester vierge pose un problème parce qu’il semble empêcher sa maternité.
Dans sa réponse, Marie ne refuse pas le projet exposé par l’ange ; elle n’exclut pas sa coopération à ce projet mais elle fait connaître ses dispositions actuelles qui excluent les conditions naturelles de la maternité humaine. Elle manifeste tout simplement son intention de rester vierge. C’est un comportement qui démontre la force et la lucidité de sa personnalité.
L’ange recueille son objection comme étant pleinement justifiée. Ce qui pouvait sembler un empêchement, c'est-à-dire la virginité, est, en réalité, la condition prévue dans le plan divin pour l’engendrement de l’enfant Jésus. "l’Esprit Saint descendra sur toi et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre. C’est pourquoi l’enfant qui naîtra sera saint et appelé fils de Dieu". La naissance du Fils de Dieu sera le fruit de l’action divine du Saint Esprit qui trouvera en Marie la coopératrice demandée au titre de mère virginale.
La virginité n’est donc pas un obstacle mais la forme idéale de coopération au projet divin. Quand Marie s’est engagée dans la voie de la virginité, elle ignorait la maternité qui lui était destinée dans le plan divin.Elle a simplement suivi une inclination intime qui provenait de l’Esprit saint, , le désir d’une vie liée plus étroitement au Seigneur. Cet engagement de Marie à une vie virginale a été parfois contesté car dans la religion judaïque l’idéal de la virginité n’était ni connu ni valorisé. Même s’il est vrai que cet idéal était peu estimé, il n’est pas juste de conclure qu’en Israël aucune jeune fille ou aucune femme ne pouvait choisir la voie de la virginité.
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En Egypte, dans la secte judaïque des « Thérapeutes », il y avait des femmes qui conservaient la chasteté pour se consacrer à la contemplation. En outre, dans le cas de Marie, nous devons tenir compte de la grâce exceptionnelle qui lui a été accordée en vue de sa mission future, qui devait la conduire au plus haut degré de son intimité avec Dieu.
Le récit évangélique de l’Annonciation nous montre la ferme volonté de Marie de vivre dans la virginité. Ce n’est pas le message de l’ange qui propose à Marie de s’engager dans la virginité pour qu’elle soit plus apte à assumer les tâches de sa maternité future. C’est la vierge de Nazareth qui réagit spontanément au projet grandiose qui lui a été communiqué et qui affirme que sa propre virginité est une difficulté fondamentale à la réalisation du projet. Ceci fait comprendre que pour Marie, la virginité n’est pas quelque chose de secondaire mais un idéal de vie qui est entré profondément dans son esprit et dans sa volonté.
On comprend mieux l’audace de son objection si on se rappelle que, en demandant « comment », Marie exprime aussi sa conviction et sa foi que le projet s’accomplira. Illuminée par cette conviction, elle est consciente que la difficulté exposée par l’ange sera surmontée, grâce à la toute puissance divine. Sans chercher quelle solution il pourrait y avoir pour résoudre le problème, elle ne doute pas que le plan divin a été élaboré avec perfection et que Dieu dispose de moyens sans bornes pour réaliser ses intentions mystérieuses. Dans sa foi, Marie était certaine que Dieu pouvait se servir aussi de sa virginité pour la faire participer à la maternité projetée.
Amour virginal
La virginité équivaut à renonciation, mais c’est essentiellement un amour plus fort. Stimulée par une grâce supérieure, Marie voulait mettre toute la force de son cœur dans un amour plus noble qui découvre en Dieu la beauté suprême de la vie et la source d’un bonheur inépuisable.
Nous pouvons dire que la virginité est la réponse humaine la plus complète au sourire divin. Elle reconnaît la priorité absolue de l’amour souverain qui entoure toutes les créatures et choisit en particulier quelques-unes d’entre elles pour une intimité plus profonde. Tous les hommes sont appelés à aimer Dieu de tout leur cœur ; certains reçoivent la grâce de mieux discerner cet appel et d’y répondre avec plus de générosité.
Dans la religion judaïque, , Dieu avait voulu révélé la profondeur de son amour en se qualifiant lui-même d’Epoux.Il considérait son peuple comme une épouse et il nouait avec lui des relations privilégiées. Il attendait en réponse un véritable amour sponsal mais mais il faisait aussi souvent l’expérience de l’infidélité de l’épouse. Le grand reproche qu’il faisait à son peuple était cette infidélité : Israël se comportait comme une épouse adultère, en s’éloignant du culte du vrai Dieu pour vénérer d’autres dieux.
Le drame de l’infidélité est décrit très concrètement par le prophète Osée, dans une promesse qui est en soi une grande espérance: "Je te ferai mon épouse pour toujours, je te ferai mon épouse dans la justice, dans le droit, dans la bonté et dans l’amour, je te fiancerai avec moi dans la fidélité et tu connaîtras le Seigneur "(2, 21-22). Marie connaissait cet oracle du prophète et elle se réjouissait de l’annonce de la victoire de l’amour et de la fidélité. Pour sa part, elle voulait être une épouse entièrement fidèle, avec un cœur virginal.
On peut noter un certaine concordance entre la prophétie d’Osée et les paroles prononcées au moment de l’Annonciation . Dans l’oracle du prophète, il était dit: "Tu connaîtras le Seigneur ". Marie dit à l’ange : « Comment cela sera-t-il, alors que je ne connais pas d’homme ». elle ne connaît pas d’homme, c'est-à-dire elle reste vierge parce qu’elle veut connaître Dieu, entrer pleinement dans l’intimité divine.
Après Osée, d’autres prophètes ont développé le thème de Dieu époux de son peuple. Jérémie, Ezéchiel, le livre d’Isaïe, ont décrit les sentiments de tendresse, de sauveur affectueux, de miséricorde, de l’Epoux vers l’épouse. Toute une tradition prophétique a donc confirmé en Marie cette perspective très séduisante de relations intimes entre Dieu et le peuple élu.
Le Cantique des Cantiques Cantiques a plus précisément invité Marie à ouvrir son cœur virginal, comme cœur d’épouse, à son époux divin. Les paroles attribuées à l’épouse exprimaient sa joie de l’appartenance mutuelle: "J’appartiens à mon bien-aimé et mon bien-aimé est à moi" (6, 3).La virginité permettait à Marie de donner tout son sens à ces paroles du Cantique. Il n’était pas nécessaire qu’il y ait une institution de vierges en Israël pour justifier le désir de Marie de vivre dans la virginité,pour accueillir l’amour d’un Epoux offert par le Seigneur.
La volonté de rester vierge, sous-entendue dans les paroles adressées à l’ange, ne signifie pas que Marie aurait fait, avant l’Annonciation, un vœu de virginité. Plus tard, au cours de siècles, le texte évangélique a été interprété dans le sens de ce vœu. Saint-Augustin, qui voyait en Marie le modèle des vierges chrétiennes, pense que Marie a été la première à faire le vœu de virginité. Une interprétation de ce genre est un anachronisme ; il attribue à Marie des dispositions personnelles qui seront celles des siècles suivants. Au moment de l’Annonciation, l’Eglise n’avait pas encore été fondée et on ne connaissait pas le vœu de virginité, accessible à certains de ses membres.
Selon le texte évangélique, Marie a simplement affirmé qu’elle vivait dans la virginité et elle a laissé entendre sa volonté de la conserver. Elle n’avait pas besoin d’un vœu pour faire le don de son cœur au Seigneur. Elle vivait pour Dieu ; ayant eu avec lui des relations très simples, qui n’avaient pas besoin de mots pour assurer la sincérité de son affection et la profondeur de son attachement.
Ce qui sera plus tard exprimé par le vœu, un amour virginal qui s’ouvre sans limites à toutes les exigences et à tous les désirs de l’amour divin, Marie l’a dit au moment de donner son consentement au dessein divin et de s’engager dans la coopération totale à l’œuvre de salut.
Epouse de l’Esprit Saint
Par sa virginité, Marie voulait développer ses relations intimes avec Dieu. Nous avons déjà noté que l’oracle prophétique d’Osée l’avait encouragée dans son désir d’être une épouse fidèle et de "connaître Dieu".
Une lumière nouvelle vient sur ce mariage quand, en réponse à l’affirmation de la virginité, l’ange déclare: "L’Esprit Saint descendra sur toi".En intervenant en qualité de celui qui engendre l’enfant Jésus, avec le concours de Marie, l’Esprit joue le rôle d’Epoux. A celle qui avait dit : « Je ne connais pas d’homme », Dieu répond: "Ton Epoux est l’Esprit Saint". C’est un Epoux tout puissant qui s’occupe de tout ce qui est nécessaire à la naissance de Jésus ; mais qui a besoin de la coopération de Marie et donc de son consentement , pour la formation de l’enfant.
Pour cette raison, Marie mérite d’être appelée épouse de l’Esprit Saint. . Il n’est pas un simple instrument de la toute puissance divine. L’Esprit Saint respecte profondément chaque personne ; il traite Marie comme une épouse et lui reconnaît la liberté d’agir selon les orientations et les aspirations de sa personnalité. La conception de l’enfant a été opérée par l’action souveraine de l’Esprit mais elle fut aussi une œuvre commune dans laquelle Marie a été associée en y apportant librement son concours.
Ce rôle d’épouse de l’Esprit Saint est tellement merveilleux que le concile Vatican II a renoncé à l’affirmer, dans le but de sauvegarder la transcendance de l’Esprit, sa supériorité absolue (qui le place au-dessus de toutes les créatures). Dans la Constitution dogmatique Lumen Gentium (53); le concile énonce les relations de Marie avec les trois personnes divines : "Mère du fils de Dieu", "Fille bien-aimée du père", "Sanctuaire du Saint -Esprit". Il n’y a pas de doute que Marie est par excellence le sanctuaire du Saint-Esprit ; mais selon la tradition, elle est aussi l’Epouse du Saint- Esprit. Après le concile, les papes Paul VI et Jean Paul II ont vénéré Marie sous ce titre. La tradition a recueilli la vérité que suggéraient les paroles de l’ange au moment de l’Annonciation.
L’Annonciation a été le point de départ de la coopération de Marie avec le Saint- Esprit, qui était destinée à se développer grandement au cours des siècles. Celle qui a été l’épouse du Saint- Esprit dans le mystère de l’Incarnation, reste son épouse dans le mystère de l’Eglise. La coopération unique, procurée au titre de mère virginale, continue de s’exercer par la diffusion de toutes les conséquences de l’œuvre de salut. Le Saint- Esprit n’opère pas sans le concours de sa fidèle épouse.
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