Lettre de Moscati pour la beatification de la Bienheureuse Jeanne - Antide Thouret |
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Mons. Ercolano Marini, Archevêque d’Amalfi |
Comme il est notoire, Mons. Ercolano Marini, Archevêque de Pompéi, écrivit la première biographie complète du Prof. Moscati, son contemporain, juste deux années après la mort de celui que la « vox populi » appelait déjà le « Saint Médecin ». Le volume fut réalisé grâce aux très nombreux documents que la sœur du futur Saint, Nina Moscati, avait réunis avec une méthode intelligente et grâce à la contribution de tellement d’éléments et d’épisodes qu’elle seule pouvait connaître. De cette biographie, qui reste fondamentale, et précisément tirée du Chapitre XXII, nous reportons la lettre que le Prof. Moscati écrivit à la Supérieure des Sœurs de la Charité à l’occasion de la Béatification de leur fondatrice, Jeanne-Antide Thouret. Moscati était particulièrement lié d’amitié avec les Sœurs de la charité qui étaient présentes depuis de nombreuses années à l’Hôpital «des Incurables » ( S. Maria del Popolo degli Incurabili )où il exerçait sa profession de médecin.
Dans le même chapitre, est publié le témoignage de Maria Apicella – que nous reportons ci-après – qui assista aux célébrations pour la béatification et il ajoute un épisode significatif sur la « manière » dont Moscati exerçait sa profession, toujours en harmonie avec son existence de médecin et sa profonde foi de chrétien.
Les grandes douleurs, endurées avec tant d’héroïsme par Antide Thouret, fondatrice des Sœurs de la Charité, la rendirent suavement vénérable et chère au prof. Moscati. Ainsi, transporté par une joie inhabituelle, il exulta à sa béatification, qui eut lieu le 23 mai 1925 et il participa à la fête qui fut célébrée à Naples avec grande solennité, dans la Maison Mère des Sœurs, où la bienheureuse avait vécu les dernières années de sa vie et rendu l’âme.
Pendant les journées du triduum, les élèves de l’école externe, dans l’après-midi, se réunirent dans le jardin, autour du buste de S. Vincent de Paul et de la bienheureuse Thouret, en présence du Cardinal Archevêque, de nombreux Prélats, de la Mère Générale et d’un grand nombre de Sœurs et d’invités. Les jeunes filles entonnèrent l’hymne:
"Antide dans le ciel résonne, |
Vêtues de blanc et des lys entre les mains, elles semblaient des fleurs qui avaient éclos dans les parterres formés par la Bienheureuse. « Le prof. Moscati assistait et nous écoutait – dit Mlle Maria Apicella – l’air rêveur ; je ne reconnaissais pas ce visage que je lui avais vu quand je me rendis chez lui pour faire passer une visite à ma mère. Quel changement ! On pouvait lire sur son visage une joie profonde ». la fête de la bienheureuse Thouret l’avait rempli de joie et il l’exprimait dans cette lettre adressée à la Supérieure des Sœurs:
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Naples, le jour de la fête du Corpus Domini de 1926
Très Révérende Mère,
J’ai, avec le cœur plus que par ma présence, participé au jubilé pour l’élévation sur les autels de la B. Jeanne-Antide Thouret, liée à l’histoire des Hôpitaux de Naples, à qui j’ai consacré ma jeunesse et
le peu que j’ai pu. Le jubilé des Filles de la Thouret est pour cette raison un petit peu le mien...
On apprend beaucoup de la connaissance des vertus des Saints! C’est une stimulation à la perfection, à la persévérance. « Souffrir avec mérite » est l’un des enseignements de J.A. Thouret, que nous devrions tous adopter, nous qui sommes proches de la douleur dans les hôpitaux, nous qui, peut-être, voudrions de la reconnaissance mais que nous devons attendre seulement de Dieu, conscients toutefois que, même si Dieu nous accordera une récompense, il le fera toujours dans sa miséricorde infinie et pas pour nos mérites qui sont bien inférieurs à nos péchés!
Je m’aperçois que je perds de vue la raison principale de ma lettre, qui est de vous féliciter, très Révérende Mère, ainsi que toutes les Sœurs, pour la réussite de ces dernières célébrations, et en particulier pour la démonstration donnée à un grand public de la manière parfaite avec laquelle sont éduqués l’esprit et le cœur de toutes ces jeunes filles, à l’allure noble , désinvoltes, cultivées, sans timidités inconvenantes, admirables exécutrices d’art ; sans dire que le feu éternel de la Charité du Christ, avec lequel elles réchauffent leur cœur toute l’année , les rend futures et dignes propagatrices de la Foi des Pères, et dépositaires de la sainteté des coutumes des familles chrétiennes, italiennes.
Je vous baise les mains.
Votre très dévot Joseph Moscati
Les fêtes de la Mère étaient terminées – ainsi recommence à dire Mademoiselle Maria Apicella –laissant dans tous les cœurs une marque profonde de joie infinie. Nous nous rendîmes, presque deux mois après, chez le prof. Moscati pour une visite scrupuleuse à notre femme de chambre car nous le connaissions déjà en tant que vrai chrétien grâce aux visites qu’il avait passées à ma mère et par la réputation que lui faisaient par leur propos ceux qui avaient eu la chance de le connaître.
Dès que nous eûmes l’autorisation, nous entrâmes dans son cabinet pour lui demander son avis sur notre femme de chambre. Soudain, je sentis sa main se poser sur mon épaule et il me demanda: «dis-moi un peu, tu faisais partie des filles qui formaient les parterres vivants à Regina Coeli?»
Je n’eus pas le temps de répondre parce que ma mère le fit à ma place. Elle lui raconta, en confirmant ainsi son impression, que c’était bien moi qui était parmi elles et que j’avais fréquenté Regina Coeli depuis mon plus jeune âge, c'est-à-dire à trois ans, jusqu’à la fin de mes études. Il raconta qu’il m’avait vu justement quand nous chantions l’hymne à la Bienheureuse, et moi à ce moment-là, ayant perdu mon embarras qui me rendait muette, je lui racontai que j’avais eu l’impression qu’il avait changé de visage en nous écoutant.
"Un moment de silence suivit ma confidence, et puis, comme d’un être qui n’est pas mortel, comme d’un écho qui vient de très loin, comme çà, à voix basse, j’entendis...
"Antide dans le ciel résonne, |
Je ne saurais vous décrire la solennité de ce moment ! Ma mère et moi, nous écoutions, en nous regardant, rêveuses. Puis, encore une fois, sa main se posa sur mon épaule et: «Dis toi aussi», entendis-je.
Je ne réussis pas à me freiner, mes forces n’étaient pas les miennes, je ne regardai plus personne, et sans que l’on puisse nous entendre de l’extérieur, attirée par son regard, moi aussi je chantai: "Antide dans le ciel résonne..."
Combien de temps cela dura, je ne le sais pas ; ma mère et notre femme de chambre ne purent s’empêcher, elles aussi, d’articuler avec nous quelques mots. Oh! Combien ce moment fut solennel!»
* * *
La gloire de la Bienheureuse Thouret, proclamée Bienheureuse par l’Eglise, glorifiée dans le monde, est une nouvelle invitation à la perfection pour les âmes délivrées ; mais cette invitation à une force plus puissante, une voix plus forte pour pousser vers la sainteté les personnes qui se consacrent à Dieu, à son service, à son double service : le service divin dans son culte exclusif et le service divin dans l’assistance à l’humanité douloureuse.
[Mons. Ercolano Marini, Archevêque d’Amalfi le Prof Giuseppe Moscati de l’Université de Naples, II Edition., Francesco Giannini et Fils, Naples, 1930. Pages 196-199.]
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