Padre Pio et Joseph Moscati

différents par le style, mais égaux dans l'amour...

Felice D'Onofrio o.f.m.cap.
Traduction par Suzanne Crête

Finalement, la sainteté de Padre Pio a été reconnue à la grande satisfaction de millions de personnes qui le désiraient profondément, et qui vénéraient déjà le très humble mais très grand Frère de Gargano, dans presque toutes les régions du monde.

Une dévotion à Padre Pio qui se répand rapidement avec une spontanéité qui a quelque chose de prodigieux. Et c'est exactement le prodigieux qui caractérise cet homme, qui, par sa vie, est devenu un "signe", dans une période qui se veut rationaliste, contestataire, mais, peut-être encore plus, qui est indifférente aux idées transcendantes.

Photo de Padre Pio prise en 1952
et dont la sainteté a été proclamée
le 2 mai 1999.

C'est la main du Créateur qui suscite sagement un signe de contradiction au bon moment, une vision qui accroche, qui représente un moment de réflexion dans un monde qui court frénétiquement dans de mauvaises directions.

Padre Pio a été ce signe de contradiction par son immense charisme et par sa profonde spiritualité d'un homme qui aimait tant le Christ allant jusqu'à s'identifier à sa Passion par ses souffrances corporelles.

Les gens parlent beaucoup de ses miracles et prophéties, de sa capacité à lire dans les consciences mais peut-être parlent-ils moins au sujet de sa profonde spiritualité, laquelle est mise en évidence dans sa volumineuse correspondance.

L'homme est plus intéressé par l'extrême, le spectaculaire, l'inexplicable que par une foi claire, authentique et douloureuse et qui appuie les manifestations externes destinées de toute manière à maintenir le niveau superficiel. Peut-être est-ce le but réel de la Providence qui introduit un élément d'attraction dans un monde insouciant pour que les personnes songent à l'essentielle vérité qui est dans la foi authentique.

Même Pierre dans Les Actes des Apôtres affirme que le Christ apportait la crédibilité par des signes, des miracles, des présages, à son peuple qui, en dépit d'une grande sympathie, Le condamna à la crucifixion. Ce que les signes n'ont pas réussi, le Saint Esprit le fit plus tard en confirmant les Apôtres qui devinrent de fervents partisans de la foi, qui est encore aujourd'hui la seule référence de ce monde, même par le biais du témoignage des saints.

Curieusement, les saints sont comme "Janus le Bifront", pareils dans leur amour pour Dieu, différents dans leurs expressions. Il est très invraisemblable que les saints copient ou essaient de s'imiter les uns les autres. Contrairement aux autres hommes, ils essaient de conserver leur individualité. Ils sont comme de vrais artistes dans leur amour pour Dieu: chacun a son propre style, même s'ils appartiennent à la même école, chacun se différencie. Ils sont hommes à mériter réellement leur réputation.

Il est intéressant d'essayer de comprendre la relation entre les saints, spécialement quand ces protagonistes de la foi sont plus ou moins contemporains. Padre Pio et Joseph Moscati, deux fils de Benevento, nés à sept ans d'intervalle, Padre Pio en 1887 et Moscati en 1880, peuvent être réellement considérés comme les plus belles expressions de foi de la première moitié des années 1900, parce que dans cette période ils ont exprimé le meilleur d'eux-même.

Différents dans le style, semblables dans leur amour.

Le fait que tout dans leur vie se référait au Christ est la plus grande similitude entre ces deux hommes qui se tiennent eux-mêmes comme des maillons mais qui tournent leur orientation dans des directions différentes.

Padre Pio, un Frère et un prêtre; Joseph Moscati, un laïque et un médecin. Peut-être avaient-ils tous deux un caractère pacifique mais je pense que c'était relié à leur même vision christique qui les faisait préférer l'essentiel.

Partant du Christ, son amour pour la souffrance du corps et de l'esprit était un poids pour Padre Pio, un partage par ses prières. Pour Joseph Moscati, son amour pour la souffrance du corps et de l'esprit était l'opportunité d'un examen soigneux et d'une étude remarquable.

Les deux ont enseigné quelque chose: Padre Pio avec son exemple dans le mystère douleureux de la pénitence, Moscati avec l'enseignement à ses jeunes disciples du meilleur de sa doctrine et de son observation scientifique.

Saint Joseph Moscati en 1923

La confession était leur argument le plus populaire; Padre Pio avec une vision instrospective qui ne permettait aucune ambiguïté au pénitent, JosephMoscati, qui la prescrivait même dans son livret de prescriptions convaincu qu'il était que la guérison de l'âme aidait la guérison du corps.

Padre Pio, signe visible dans son corps de la Passion du Christ, Joseph Moscati, signe invisible de la Passion du Christ, qui modela son esprit dans la solitude d'un monde laïque qui ne pouvait comprendre la profondeur de sa foi.

Padre Pio opérait des miracles et donnait des signes qui faisait de lui un objet de contradictions. D'un côté, des foules dévotes et applaudissantes, de l'autre, l'incompréhension de ses frères.

Joseph Moscati, sans avoir fait des choses prodigieuses au cours de sa vie, était préoccupé par une foule de patients qui désiraient se faire soigner par lui.

Padre Pio, dans les limites de l'Église et du monastère de San Giovanni Rotondo, Joseph Moscati errant ici et là dans le Sud de l'Italie, apportant aussi à l'étranger la voix de la grande école médicale napolitaine.

Les deux ont vécu la Première Guerre mondiale, Padre Pio comme un soldat, à l'Hôpital militaire de Naples; Moscati, en tant que médecin-chef au département militaire de l'Hôpital des Incurables à Naples.

Il n'y a pas de preuve de leur rencontre à Naples, probablement qu'ils ne se sont pas recherchés et ne se sont pas rencontrés l’un l’autre au cours de leur vie.

Padre Pio trouva dans le Père Agostino Gemelli, un ennemi inexplicable; Joseph Moscati, au contraire, suscita une grande admiration à la fondation de l'Université catholique, de sorte que sa béatification fut demandée, tout en espérant avoir la possibilité de mettre la dépouille du saint médecin dans la chapelle de la future école de médecine.

La différence de leur rôle ne les ont pas empêchés tous deux de vivre intensément l'Eucharistie, laquelle les a transformés, les élevant dans une profonde adoration.

Moscati meurt dans la force de l'âge, soudainement et rapidement. Padre Pio meurt à l'âge de 81 ans après une longue maladie qui lui laissa prévoir sa fin. Tous deux faisant partie de la même histoire même si dans des domaines différents .

Padre Pio, meurt en 1968, à la fin d'une ère qui est suivie par l'ère post-moderne. Moscati, quant à lui, meurt en 1927 quand l'assistance sanitaire devient, de charitable et personnalisée qu'elle était, publique et anonyme. Les deux ont terminé leur tâche. Les deux ont atteint cette éternité tant désirée.

Nous avons d'eux, derrière les signes ou les habiletés professionnelles, leur foi, leur exemple, leur amour, qui dans leurs différences s'unissent et dépassent la condition humaine dans cet immense océan de lumière sans fin, devenant pour l'humanité un signe et un rappel de notre passage sur terre.


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