Thérèse de Lisieux Lettre apostolique de Jean Paul II ("Divini Amoris Scientia" - 19 octobre 1997) pour proclamer Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus Docteur de l'Eglise |
Biographie -- Les oeuvres -- La science spirituelle
5. [...] Elle naît à Alençon en France le 2 janvier 1873. [...] Ses parents sont Louis Martin et Zélie Guérin, dont j'ai récemment reconnu l'héroïcité des vertus. Après la mort de sa mère, le 28 août 1877, Thérèse s'installe avec toute sa famille dans la ville de Lisieux où, entourée de l'affection de son père et de ses sœurs, elle reçoit une formation à la fois exigeante et pleine de tendresse.
|
La maison habitée par Thérèse |
Vers la fin de 1879, elle s'approche pour la première fois du sacrement de pénitence. Le jour de Pentecôte 1883, elle bénéficie de la grâce singulière de la guérison d'une grave maladie, par l'intercession de Notre-Dame des Victoires.
Formée par les Bénédictines de Lisieux, elle fait sa première communion le 8 mai 1884, après une préparation intense, couronnée par une expérience marquante de la grâce de l'union intime avec Jésus. Quelques semaines après, le 14 juin de la même année, elle reçoit le sacrement de la confirmation, avec une vive conscience de ce que comporte le don de l'Esprit Saint dans sa participation personnelle à la grâce de la Pentecôte.
À Noël 1886, elle vit une expérience spirituelle très profonde, qu'elle définit comme sa "complète conversion". Grâce à cette expérience, elle surmonte la fragilité émotive qui avait résulté de la perte de sa mère et elle entreprend "une course de géant" sur la voie de la perfection (cf. Ms. A, 44 v· - 45 v·).
Thérèse désire entrer dans la vie contemplative au Carmel de Lisieux, comme ses sœurs Pauline et Marie, mais son jeune âge l'en empêche. À l'occasion d'un pèlerinage en Italie, après avoir visité la Maison de Lorette et la Ville éternelle, lors de l'audience accordée par le Pape aux fidèles du diocèse de Lisieux, le 20 novembre 1887, elle demande avec une audace filiale à Léon XIII de pouvoir entrer au Carmel à l'âge de quinze ans.
Le 9 avril 1888, elle entre au Carmel de Lisieux; elle y reçoit l'habit de l'Ordre de la Vierge le 10 janvier de l'année suivante et elle fait sa profession religieuse le 8 septembre 1890, fête de la Nativité de la Vierge Marie.
Au Carmel, elle s'engage sur le chemin de perfection tracé par la Mère fondatrice, Thérèse de Jésus, avec une ferveur et une fidélité authentiques, par l'accomplissement des divers services communautaires qui lui sont confiés.
Éclairée par la Parole de Dieu, éprouvée très vivement par la maladie de son père bien-aimé, Louis Martin, qui meurt le 29 juillet 1894, Thérèse avance vers la sainteté, en mettant l'accent sur le caractère central de l'amour. Elle découvre et elle communique aux novices confiées à ses soins la petite voie de l'enfance spirituelle, alors qu'en progressant elle-même sur cette voie elle pénètre toujours plus le mystère de l'Église et, attirée par l'amour du Christ, elle sent s'affermir en elle la vocation apostolique et missionnaire qui la pousse à entraîner tout le monde avec elle à la rencontre de l'Époux divin.
Le 9 juin 1895, en la fête de la Très Sainte Trinité, elle s'offre en victime d'holocauste à l'Amour miséricordieux de Dieu. Le 3 avril de l'année suivante, dans la nuit du jeudi au vendredi saints, elle connaît une première manifestation de la maladie qui la conduira à la mort. Thérèse l'accueille comme une mystérieuse visite de l'Époux divin. En même temps, elle entre dans l'épreuve de la foi, qui durera jusqu'à sa mort.
Sa santé s'aggravant, elle est transférée à l'infirmerie le 8 juillet 1897. Ses sœurs et d'autres religieuses recueillent ses paroles, tandis que s'intensifient ses souffrances et ses épreuves, supportées avec patience, jusqu'à culminer en sa mort dans l'après-midi du 30 septembre 1897. "Je ne meurs pas, j'entre dans la vie", avait-elle écrit à un frère spirituel, l'Abbé Bellière (LT 244). Ses dernières paroles, "Mon Dieu... je vous aime!" scellent son existence.
|
Statue de sainte Jeanne d'Arc, dans la maison des Buissonnets, à Lisieux |
6. Thérèse de l'Enfant-Jésus nous a laissé des écrits qui lui ont valu à juste titre d'être considérée comme maîtresse de vie spirituelle. Son œuvre principale reste le récit de sa vie dans les trois Manuscrits autobiographiques A, B et C, publiés d'abord sous le titre devenu vite célèbre de "Histoire d'une Âme".
Dans le Manuscrit A [...] Thérèse décrit les étapes de son expérience religieuse: les premières années de son enfance, notamment les événements de sa première communion et de sa confirmation, son adolescence, jusqu'à l'entrée au Carmel et la première profession.
Le Manuscrit B [...] contient certaines des plus belles pages, des plus connues et des plus citées de la sainte de Lisieux. La pleine maturité de la sainte s'y manifeste, alors qu'elle parle de sa vocation dans l'Église, Épouse du Christ et Mère des âmes.
Le Manuscrit C, composé au mois de juin et dans les premiers jours de juillet 1897, peu de mois avant sa mort [...], complète les souvenirs du Manuscrit A sur la vie au Carmel. Ces pages montrent la sagesse surnaturelle de l'auteur. Thérèse retrace quelques expériences très fortes de cette période finale de sa vie. Elle consacre des pages impressionnantes à l'épreuve de la foi: une grâce de purification qui la plonge dans une longue et douloureuse nuit obscure, où elle est soutenue par sa confiance en l'amour miséricordieux et paternel de Dieu. Là encore, et sans se répéter, Thérèse fait resplendir la lumière rayonnante de l'Évangile. Nous trouvons là les plus belles pages qu'elle ait consacrées à l'abandon confiant entre les mains de Dieu, à l'unité qui existe entre l'amour de Dieu et l'amour du prochain, à sa vocation missionnaire dans l'Église. [...]
Dans les 266 Lettres que nous conservons, adressées aux membres de sa famille, aux religieuses, à ses "frères" missionnaires, Thérèse communique sa sagesse et développe un enseignement qui constitue de fait une pratique profonde de la direction spirituelle des âmes.
Ses écrits comprennent aussi 54 Poésies, dont certaines ont une grande densité théologique et spirituelle, inspirées par l'Écriture Sainte. Deux de ces poésies méritent une mention particulière: Vivre d'amour!... (PN 17) et Pourquoi je t'aime, ô Marie! (PN 54), cette dernière présentant une synthèse originale de l'itinéraire de la Vierge Marie selon l'Évangile. Il faut ajouter à cette production 8 Récréations pieuses: des compositions poétiques et théâtrales, conçues et représentées par la sainte pour sa communauté à l'occasion de certaines fêtes, suivant la tradition du Carmel. Parmi les autres écrits, il faut rappeler une série de 21 Prières. Et l'on ne peut oublier le recueil des paroles qu'elle a prononcées au cours des derniers mois de sa vie. Ces paroles [...] ont aussi reçu le titre de Derniers Entretiens.
7. À partir de l'étude attentive des écrits de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus et en fonction du rayonnement qu'ils ont eu dans l'Église, on peut relever les aspects saillants de l'"éminente doctrine" qui constitue l'élément essentiel sur lequel est fondée l'attribution du titre de Docteur de l'Église.
|
Le Carmel de Lisieux |
Avant tout, on constate la présence d'un charisme particulier de sagesse. Cette jeune carmélite, en effet, sans formation théologique spéciale, mais éclairée par la lumière de l'Évangile, se sent instruite par le Maître divin qui, comme elle le dit, est "le Docteur des docteurs" (Ms A, 83 v·), chez qui elle puise les "enseignements divins" (Ms B, 1 r·). Elle éprouve en elle-même l'accomplissement des paroles de l'Écriture: ""Si quelqu'un est tout petit, qu'il vienne à moi". [...]
Pie XI, qui considérait Thérèse de Lisieux comme l' "Étoile de son pontificat", n'hésita pas à affirmer dans l'homélie du jour de sa canonisation, le 17 mai 1925: "L'Esprit de vérité lui ouvrit et lui fit connaître ce qu'il a coutume de cacher aux sages et aux savants pour le révéler aux tout-petits. Ainsi, selon le témoignage de notre prédécesseur immédiat, elle a possédé une telle science des réalités d'en-haut qu'elle peut montrer aux âmes une voie sûre pour le salut" (AAS 17 [1925], p. 213).
Son enseignement n'est pas seulement conforme à l'Écriture et à la foi catholique, mais il excelle par la profondeur et la sagesse synthétique où il est parvenu. Sa doctrine est à la fois une confession de la foi de l'Église, une expérience du mystère chrétien et une voie vers la sainteté. Faisant preuve de maturité, Thérèse donne une synthèse de la spiritualité chrétienne; elle unit la théologie et la vie spirituelle, elle s'exprime avec vigueur et autorité, avec une grande capacité de persuasion et de communication, ainsi que le montrent la réception et la diffusion de son message dans le Peuple de Dieu. [...]
On peut donc à juste titre reconnaître dans la sainte de Lisieux le charisme d'enseignement d'un Docteur de l'Église, à la fois à cause du don de l'Esprit Saint qu'elle a reçu pour vivre et exprimer son expérience de foi et à cause de son intelligence particulière du mystère du Christ. En elle se retrouvent les dons de la loi nouvelle, c'est-à-dire la grâce de l'Esprit Saint, qui se manifeste dans la foi vivante agissant par la charité (cf. S. Thomas d'Aquin, Somme théol., I-II, q. 106, a. 1; q. 108, a. 1).
Nous pouvons appliquer à Thérèse de Lisieux ce que dit mon prédécesseur Paul VI d'une autre sainte jeune, Docteur de l'Église, Catherine de Sienne: "Ce qui frappe plus que tout dans la sainte, c'est la sagesse infuse, c'est-à-dire l'assimilation brillante, profonde et exaltante des vérités divines et des mystères de la foi [...]: une assimilation, certes favorisée par des dons naturels exceptionnels, mais évidemment prodigieuse, due à un charisme de sagesse de l'Esprit Saint" (AAS 62 (1970), p. 675).
8. Avec sa doctrine propre et son style unique, Thérèse se présente comme une authentique maîtresse de la foi et de la vie chrétiennes. Dans ses écrits, comme dans les développements des saints Pères, passe la sève vivifiante de la tradition catholique dont les richesses, ainsi que l'atteste encore le Concile Vatican II, "passent dans la pratique et la vie de l'Église qui croit et qui prie" (Dei Verbum, n. 8). [...]
|
Statue de la Sainte Vierge, dans l'église Saint Pierre, à Lisieux |
Elle a fait resplendir en notre temps la beauté de l'Évangile; elle a eu la mission de faire connaître et aimer l'Église, Corps mystique du Christ; elle a aidé à guérir les âmes des rigueurs et des craintes de la doctrine janséniste, plus portée à souligner la justice de Dieu que sa divine miséricorde. Elle a contemplé et adoré dans la miséricorde de Dieu toutes les perfections divines, parce que "la Justice même (et peut-être encore plus que toute autre) me semble revêtue d'amour" (Ms A, 83 v·). Elle est ainsi devenue une icône vivante de ce Dieu qui, selon la prière de l'Église, "donne la preuve suprême de sa puissance lorsqu'il patiente et prend pitié" (cf. Missale Romanum, Collecta, XXVIe dimanche du temps ordinaire). [...]
Thérèse a fait l'expérience de la Révélation divine, parvenant à contempler les réalités fondamentales de notre foi réunies dans le mystère de la vie trinitaire. Au sommet, source et terme à la fois, il y a l'amour miséricordieux des trois Personnes divines, comme elle le dit, spécialement dans son Acte d'offrande à l'Amour miséricordieux. À la base, du côté du sujet, il y a l'expérience d'être enfant adoptif du Père en Jésus; tel est le sens le plus authentique de l'enfance spirituelle, c'est-à-dire l'expérience de la filiation divine sous la motion de l'Esprit Saint. À la base encore, et devant nous, il y a le prochain, les autres, et nous devons coopérer à leur salut avec et en Jésus, avec le même amour miséricordieux que Lui. [...]
Comme pour les saints de l'Église de tous les temps, pour elle aussi, dans son expérience spirituelle, le Christ est le centre et la plénitude de la Révélation. Thérèse a connu Jésus, elle l'a aimé et l'a fait aimer avec la passion d'une épouse. Elle a pénétré les mystères de son enfance, les paroles de son Évangile, la passion du Serviteur souffrant gravée en sa sainte Face, la splendeur de son existence glorieuse, sa présence eucharistique. Elle a chanté toutes les expressions de la divine charité du Christ, telles qu'elles sont proposées par l'Évangile (cf. PN 24, Jésus, mon Bien-Aimé, rappelle-toi!).
Thérèse a été particulièrement éclairée sur la réalité du Corps mystique du Christ, sur la diversité de ses charismes, des dons de l'Esprit Saint, sur la force éminente de la charité qui est comme le cœur même de l'Église, où elle a trouvé sa vocation de contemplative et de missionnaire (cf. Ms B, 2 r· - 3 v·).
Enfin, parmi les chapitres les plus originaux de sa science spirituelle, il faut rappeler la sage recherche qu'a développée Thérèse du mystère et de l'itinéraire de la Vierge Marie, parvenant à des résultats très voisins de la doctrine du Concile Vatican II, au chapitre VIII de la Constitution Lumen gentium, et de ce que j'ai moi-même proposé dans mon encyclique Redemptoris Mater du 25 mars 1987.
|
2 - Biographie -- Les oeuvres -- La science spirituelle |
![]() |
Home Page ![]() |