Saint Joseph Moscati
Médecin et Saint de Naples - 6
Science et foi - Un profond sentiment d’amitié

Antonio Tripodoro s.j. - Egidio Ridolfo s.j.
[Traduction par Piera Chianura - Antonella Nappo]

Science et foi -- L’eucharistie, ou le centre de la vie de Moscati -- Un particulier amour envers la Vierge Marie -- La chasteté féconde de Moscati -- Affinité spirituelle avec Sainte Thérèse de Lisieux. -- Un profond sentiment d’amitié

Science et foi

Au temps de Moscati, de nos jours, une crise pseudo scientifique éloignait beaucoup de personnes de Dieu et de l’Eglise, comme si la science vraie était inconciliable avec le surnaturel et la technique pouvait satisfaire les suprêmes aspirations du cœur humain.

Entrée de l'immeuble de rue Citerne de l'Olio,10, où Moscati habita depuis 1902 jusqu'à la la mort.

Comme étudiant, médecin et professeur, Joseph Moscati ne s’enferma jamais dans le cercle étroit des études humaines, mais il sut s’élever vers considérations supérieures y réaliser un équilibre entre science et foi. Au sommet de sa carrière, Moscati était admiré et suivi de tout le monde pour sa science et pour sa vision surnaturelle dont il soignait les maladies. Cette vision lui donnait la juste appréciation du savoir humain et l’humilité de reconnaître ses limites.

Qu’est-ce que nous pouvons faire? - écrivit le 8 février 1923 à son ex étudiant Giuseppe Napolitano - Très peu ! C’est pourquoi nous devons soigner les âmes si nous ne pouvons pas soigner les corps, et devant cas désespérés, il faut rappeler les devoirs de l’esprit que nous avons hérité par nos pères.

Les lettres adressées au Doct. Antonio Guerricchio de Matera et au Doct. Agostino Consoli de Lagonegro (Potenza), deux de ses ex étudiants sont vraiment très belles. Dott.Agostino Consoli di Lagonegro (PZ), du 22 juillet 1922:

"Mon Cher Consoli, Je vous remercie vivement de votre lettre. J’ai fait très peu pour mes jeunes confrères mais, peut-être, mes pauvres forces ne me permettaient pas de faire davantage! Bien qu’au loin, Je vous prie de cultiver et mettre à jour votre connaissance. Le progrès consiste en une critique continue de tout ce qui nous avons appris. Une seule science est inébranlable et jamais s’est écroulée, c’est à dire la science révélée par Dieu, la science de l’au-delà!
Dans toutes vos actions, tendez au Ciel, et à l’éternité de la vie et de l’âme, et alors vous orienterez autrement que vous conseilleraient les pures considérations humaines, et votre activité sera inspirée du bien.
Je vous souhaite tout le bonheur possible!
Un baiser Votre affectionné Joseph Moscati"

"Mon Cher Guerricchio, J’ai beaucoup pensé à votre lettre très chère. Je ne crois pas de mériter votre gratitude et vos éloges. Mais surtout j’ai mon passé et je me suis souvenu de beaucoup de jeunes qui promettaient, pleins d’esprit de sacrifice et de vertus, envahis par un juste enthousiasme, et qui se sont perdus, écrasés par le népotisme, l’indifférence, l’égoïsme des prêtres de la science!
Mais, je suis sûr que tout sera divers pour vous[…]
Ce n'est pas à la science, mais à la charité, qu'on doit la transformation du monde , à certaines périodes de l'histoire; seulement très peu de ces transformations sont passées à l'histoire par l'intermédiaire de la science. Tous les hommes peuvent devenir immortels - symbole de l'éternité de la vie, où la mort n'est qu'une étape, c'est-à-dire une métamorphose pour une ascension beaucoup plus élevée - s'ils se dédient au bien.
Au fond de moi je regrette toujours énormément de vous savoir loin de moi et pourtant le fait de savoir que vous avez gardé en vous quelque chose de moi me réconforte; ce n'est pas que je vaille grand chose, mais je me réfère au contenu spirituel que j'ai cherché à élargir autour de moi: tâche sublime mais très difficile à accomplir à cause de mes pauvres forces. Je pense à vous, ne doutez pas de cela"
Un baiser Votre affectionné Joseph Moscati

L’eucharistie, ou le centre de la vie de Moscati

D’où puisait Moscati sa grande vitalité spirituelle, son grand amour pour les pauvres, l’équilibre entre science et foi dans l’exercice de sa profession ? La réponse vient de Moscati même. Un jour Mademoiselle Emilia Pavese, témoin à l'hôpital de l'intense travail qu'accomplissait Joseph Moscati demanda à ce dernier comment il réussissait à trouver autant de force. Moscati lui répondit en citant les paroles de Saint Paul:
"Je peux tout en Celui qui me conforte" (Filistei, 4,13)

Dès le matin, il se joignait à Dieu et adorait le Saint Sacrement, en regardant par sa fenêtre l’abside de l’église du Gesù Nuovo.
"A propos de la dévotion pour la Sainte Eucharistie – a dit le Doct. Enrico Sica – je sais que le serviteur de Dieu recevait la Sainte Communion tous les jours et qu’il se préparait pour l’événement avec beaucoup de respect et gratitude."
Et l'avocat Nicola Mastelloni: « Il montrait une intense dévotion et recueillement dans tous ses exercices spirituels comme aller à la messe, recevoir la Sainte Communion et visiter le Saint Sacrement. Son grand amour pour Dieu était vraiment incommensurable."

Le Prof. Guido Piccinino,
ex étudiant et assistant de Moscati, dit:
"Je rappelle un jour où nous devions aller à Valle de Pompéi pour visiter le feu Monsieur Bartolo Longo qu’était un des ses patients. Le jour avant, le serviteur de Dieu m’écrivit un mot très tendre. Il disait : « Comme demain nous irons à Valle de Pompéi, pourquoi perdre le plaisir de recevoir la Sainte Communion dans ce Sanctuaire ? Si vous êtes d’accord, n’oubliez pas d’observer le jeûne".

Le professeur Filippo Bottazzi,
l'invita à séjourner dans sa villa de Diso. Connaissant les habitudes de son ami, le professeur Bottazzi fit célébrer le premier jour, dans la chapelle de son domaine, une messe de bon matin, oubliant toutefois d'avertir le prêtre de revenir le lendemain.
"Mais Moscati trouva une solution vraiment simple - écrivit Bottazzi - Le matin suivant, à l'insu de tous, il se leva tôt, alla seul à Diso écouter la première messe que le curé célèbre pour les paysans".

Le Père jésuite Giovanni Aromatisi,
conseiller spirituel de Moscati, dit : « En ce qui concerne le culte du Saint Sacrement, je peux dire qu’il fut le centre de sa vie. Il recevait la Sainte Communion tous les jours même s’il était obligé à affronter des inconvénients comme voyager la nuit, à jeun, pour recevoir la Communion le lendemain. Tous ses patients, en particulier ceux qui étaient en Sicile et Calabre, savaient que s’ils voulaient une visite du Prof. Moscati, il fallait appeler le prêtre de sort qu’il pût assister à la messe, la servir et recevoir la Communion".

Un particulier amour envers la Vierge Marie

Moscati aimait de tout son cœur la Vierge Marie depuis son enfance. Il avait Notre-Dame toujours présente, il parlait souvent d’elle, il emportait toujours avec lui son chapelet et souvent il le caressait et baisait. Lorsque les cloches sonnaient l'Ave Maria, il faisait le signe de la croix et invitait ceux qui étaient présents à l'hôpital à réciter l'Angélus. On conserve encore une statue en marbre de la Vierge qu'il vénérait chez soi. Sur la table de sa chambre à coucher, il possédait une petite statue de bronze représentant Marie et l'enfant Jésus qui dort sur ses genoux.

Statuette en bronze de la Vierge du Silence appartenue à
San Giuseppe Moscati

Marie fait un signe de silence, le doigt posé sur sa bouche. Le titre au-dessous indique:"Vierge au silence". Moscati connaissait très bien le calendrier marial et se préparait pour célébrer le fêtes de Notre-Dame avec beaucoup de dévotion, même en observant le jeûne, et le samedi il ne mangeait pas de la viande. Il avait une grande dévotion pour la vierge de Pompéi, l’Immaculé et la Vierge du Bon Conseil et c'est à elle qu'il dédia son vœu de chasteté, dans l’église des Sœurs Sacramentine.

Dans les troncs des églises que fréquentait Moscati gisaient des considérables offrandes pour le culte de la Vierge. La contre preuve de cette générosité réside dans le fait qu'après sa mort, ces importantes offrandes disparurent. Il vénérait la Vierge Immaculé dans l’église du Gesù Nuovo, mais il aimait aussi l’église de l’Immaculé en Saint Nicola de Tolentino, près du funiculaire central. De plus, il faut rappeler que l'avocat Longo fit accroître la dévotion pour la Madone en Moscati. Très important et fameux c’est le commentaire de Joseph Moscati à tous les versets de l'Ave Maria: "Comment je récite l'Ave Maria", dans lequel il associe les différentes images de la Vierge à chaque vers de la prière. Il voit la Vierge des Grâces, de Pompéi, du Bon Conseil, de la Porziuncola d'Assise, de Lourdes, du Carmine"protectrice de ma famille".

La chasteté féconde de Moscati

Moscati comme les autres subit le charme de la beauté et l’attraction des sens, en particulier pendant sa jeunesse, mais son intense spiritualité le préserva des "illusions d’amour, comme lui-même écrivit. Les biographes s’accordent pour affirmer qu’il fit vœu de chasteté et confirment leur thèse en citant les paroles qu’il écrivit dans le commentaire à tous les versets de l'Ave Maria. Après l’invocation:
"Benedicta tu in mulieribus et benedictus fructus ventris tui, Jesus", dit: "J'ai un élan de tendresse pour la Madone sous le nom du Bon Conseil, qui me sourit ainsi comme elle est représentée dans l'église des Sacramentiste. Devant cette image, et dans cette église, je fis abjuration de mes impurs sentiments terrestres".

Dans l’église des Sacramentiste, il y avait et il y a encore, l’Exposition du Saint Sacrement. L’Eucharistie et la Vierge donnent à Moscati la force pour offrir sa chasteté à Dieu et aussi la force pour la garder dans l’exercice professionnel et pour toujours. Pour Moscati, la chasteté n’est pas seulement un refuge stérile sans préoccupations mais, plutôt, un choix de vie très conscient pour se dédier complètement à son prochain.

Le Prof. Giovanni Ponsiglione, son étudiant et ensuite son assistant, dit:
"Je me rappelle un jour, à l’Hôpital, le Prof. Moscati était en train d’examiner une femme très difforme et bosse. Il dit en se retournant:
"Je préfère mille fois cette femme qui n’est pas responsable de sa difformité, mais c’est une femme vraiment bonne, aux femmes qui sont très belles grâce à beaucoup de coiffures et maquillages, mais qui sont très laides pour leurs vices!"

Moscati choisit la chasteté mais il comprenait très bien qu’il avait reçu un cadeau de Dieu. Donc, il conseillait le mariage parce qu’il disait: "je pense que le célibat est un privilège de peu.Il conseillait le mariage à ses disciples et à ceux qui lui demandaient son avis.
Le Prof. Mario Mazzeo écrit:
"Le Serviteur de Dieu ne s’épousa pas mais il n’était pas contraire à la vie conjugale, il n’aimait pas la vie libre sans préoccupations et responsabilités et il n’était pas un misogyne. Il conseillait le mariage très souvent à ses étudiants, ses frères et ses connaissances. Je suis un d’eux parce qu’il fut mon témoin. La vérité est qu’il ne s’épousa pas parce que son amour pour la chasteté était beaucoup plus grand".

Quelques réflexions du Saint:

"Oh si les jeunes avec leur exubérance savaient que les illusions d’amour sont passagères et qu’ils sont le fruit de la vive exaltation des sens ! Si un ange les prévenait que tout ce qu’est impur doit mourir parce qu’il est mal, alors qu’ils jurent si facilement une fidélité éternelle dans le délire que les bouleverse, peut-être ils souffriraient beaucoup moins et ils seraient plus bons.

Nous nous rendons compte de cela plus tard, au moment où nous tombons, par hasard, sur le feu que nous avait enflammé jadis et que maintenant ne nous échauffe plus. J’ai rencontré une femme qui, pendant ma jeunesse, avait peuplé mes rêves même si elle ne le savait pas.

Qui l’aurait dit qu’un jour cette femme aurait fait appel à mon aide de médecin ? Sa beauté était encore remarquable ! J’ai fait mon devoir humanitaire tranquillement, noblement, sans sentir vibrer aucune corde dans mon cœur. Elle m’a demandé, afin que je pusse comparer son état actuel à la vieille mine florissante, si je la connaissais mais j’ai répondu non. Ce n’était pas un mensonge. La femme de ma jeunesse était une autre, elle avait disparue sans regrets de mon cœur purifié!"

Affinité spirituelle avec Sainte Thérèse de Lisieux

Moscati eut une grande dévotion pour Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus. Il y avait entre eux une grande affinité spirituelle. Moscati connaissait la vie de Thérèse et faisait allusion à Elle dans ses écrits. Il avait un portrait de la Sainte dans sa chambre qu’est conservé dans les "Salles Moscati". Le 7 mars 1924, il écrivit une lettre à son ami le Notaire De Magistris (qui vivait à Lecce) à l’occasion de la mort de sa fille. Il disait : « … Votre ange (la jeune fille), enlevé dans ses jeunes années, comme sa chère amie,... la Bienheureuse Thérèse, vous assiste vous et sa maman du Ciel et vous protège et remercie".

Portrait de la Bienheureuse Thérèse de l'Enfant-Jésus,
Saint Joseph Moscati avait une grande dévotion pour Elle.

"Depuis longtemps Dieu m’avait éloigné des occasions de péché et m’avait donné, dans sa tendresse infinie, un calme très doux; il y a juste quelques jours, je lisais dans l'autobiographie de la bienheureuseThérèse une phrase faite pour moi: "Mon Dieu, le découragement même est un péché".
Oui, c'est un péché qui vient de l'orgueil, parce qu'il me fait croire que j'ai pu accepter l'opinion de moi-même d'avoir fait de grandes choses! Lorsque au contraire nous ne sommes que des serviteurs inutiles"
.

[D’après le Journal, écrit pendant le voyage en Angleterre, 18 juillet 1923].

Un profond sentiment d’amitié

Moscati cultiva profondément le sentiment d’amitié car son cœur était libre de toutes les affections peu harmonieuses. Après sa mort, tout le monde a parlé ou écrit de lui et tout le monde l’a rappelé comme un ami très cher. Les différents témoignages ne sont pas des déclarations simples et froides mais, plutôt, des souvenirs affectueux, pleins de regrets. Ses amis étaient croyants et non, confrères et étudiants, hommes très fameux ou inconnus.

Nous rappelons, entre les fameux, Leonardo Bianchi, Filippo Bottazzi, Pietro Castellino, Antonio Cardarelli, Giuseppe Caronia, Benedetto Croce, Alfredo De Marsico, Giustino Fortunato. Quelques-uns de ces hommes furent en correspondance avec Moscati en écrivant lettres pleines d’admiration et de profonde amitié.
Benedetto Croce avait Moscati en haute estime et il lui montra sa bienveillance très souvent. Le Saint profitait de cela pour résoudre des situations pénibles pas personales.

Le Père jésuite Giovanni Aromatisi, un ami très cher de Moscati a dit : « Il respecta beaucoup l’amitié, et examina ses amis malades même au risque de sa vie. En effet, pendant la période où la Garde Royale était en train d’être dissoute et la Garde Nationale prenait sa place, il y avait beaucoup de fusillades entre eux à Naples, près de Place du Municipio.

Le Prof. Moscati devait aller au chevet de la fille d’un ami, la sœur de Francesco Saverio Iaccarino, qui vivait dans la Galerie Umberto I et qui était son filleul. Méprisant le danger, il allait beaucoup de fois par jour au chevet de la jeune malade et je fus un témoin de cela parce que je donnais le Viatique à la mourante. Son assistance à Monseigneur, l’Abbé Antonio Laviano, Vicaire Général de l’Archidiocèse de Naples, pendant sa longue maladie, fut héroïque. Il l’assista nuit et jour comme s’il était son fils. Lorsque ses amis étaient malades, on voyait la peine de son âme peinte sur son visage».

Page précédente Page suivante

Science et foi -- L’eucharistie, ou le centre de la vie de Moscati -- Un particulier amour envers la Vierge Marie -- La chasteté féconde de Moscati -- Affinité spirituelle avec Sainte Thérèse de Lisieux. -- Un profond sentiment d’amitié


E-mail: moscati@gesuiti.it

Autres pages
Biographie de Saint Joseph Moscati

Home Page
"Il Gesù Nuovo"