Saint Joseph Moscati
Médecin et Saint de Naples - 5

Antonio Tripodoro s.j. - Egidio Ridolfo s.j.
[Traduction par Antonella Nappo]

Un Maître inoubliable -- Le souvenir de ses Etudiants -- Comment les Maîtres et les Etudiants jugeaient-t-ils Moscati? -- Moscati "un de nous" - "Libera docenza" du 1922

Un Maître inoubliable

Malgré sa renonciation à la chaire, Moscati fut toujours un professeur et un maître. Même s’il avait choisi le travail hospitalier, il n’avait pas renoncé à l’enseignement. Il avait des qualités particulières pour être professeur universitaire parce qu’il joignait une préparation solide et très bonne au désir de perfectionnement, la passion de la recherche à l’intérêt inné pour le nouveau, la capacité d’embrasser tous les champs de la médecine sans envahir les spécialisations d’autrui, en démontrant la connaissance des divers domaines, des possibilités et des limites.

Saint Joseph Moscati dans une photo de groupe,
pendant l’année académique 1923.

Il avait également des capacités expressives, communicatives et persuasives et il était un homme très distingué et charmant.

D’après une lettre du Prof. Moscati au Prof. Francesco Pentimalli:

"J’ai toujours cru que tous les jeunes méritants dirigés vers…la médecine, qu’est la science plus noble, eussent tous les droits de se perfectionner, de lire un livre jamais publié avec une couverture qui se compose de tous les lits d’hôpital et de toutes les salles de laboratoire. Le contenu de ce livre est constitué de la douleur des hommes et du matériel scientifique.

C’est un livre qui doit être lu avec un amour infini et un grand esprit de sacrifice pour notre prochain. J’ai pensé qu’il serait de mon devoir d’apprendre mon expérience aux jeunes, sans garder tout pour moi."

Le souvenir de ses Etudiants

Felice Piccinini - "Parfois, il me semblait très fatigué, mais il recommençait à sourire dès qu’il voyait ses amis et, en particulier, ses étudiants […]. Il savait intéresser une foule de jeunes étudiants qui le considéraient comme le vrai éducateur chrétienne, l’homme qui cultivait les sciences positives en obtenant beaucoup d’honneurs et qui considérait la grandeur et la beauté de la nature comme l’œuvre d’une force supérieure, la sagesse, l’ordre et la puissance infinie d’un Dieu suprême, qu’il appelait Divine Providence".

Une photo du Prof. Antonio Cardarelli donnée à
Joseph Moscati

Enrico Polichetti - "Je le vois encore devant moi presque hardi, si j’ose m’exprimer ainsi, mais je ne veux pas offenser Son cher souvenir. Il avait l’ingénuité des enfants et un regard doux et indulgent, reposant, profond et plein de spiritualité, sans malice. Ses yeux étaient très beaux, gris, petits, lumineux, vifs, doux, expressives, parfois agressifs, toujours changeants, riants. Ils inspiraient confiance derrière ses lunettes ovoïdales, avec une monture d’acier bruni très mince. Les verres n’étaient pas alignés parfaitement mais ils semblaient s’encastrer dans ses orbites, aux côtés du nez régulier et effilé, presque en pointe. Il portait des petites moustaches qui se touchait quelquefois avec les doigts de sa main gauche […]."
Il était une personne qui avait de l’allure, le physique svelte, un homme très distingué et grand. Certainement, même ces caractéristiques contribuaient à sa popularité : il était très aimé de tout le monde.
Il était très charmant avec son visage ovale, un gentilhomme vrai connu à Naples entière. Mais sa noblesse était surtout dans son cœur et ses œuvres."

Soccorso Tecce - "Il était très heureux parmi ses étudiants qui formaient sa famille spirituelle. Il nous révélait son savoir et, jour après jour, il façonnait nos esprits et nos âmes. Il nous parlait de Dieu, de la divine Providence, de la Religion Chrétienne et la joie éclairait son visage lorsque nous le suivions dans les églises de Naples pour assister à la Messe."

Comment les Maîtres et les Etudiants jugeaient-t-ils Moscati?

Domenico Pace - A l’occasion de la mort de Moscati, présenta "toutes les condoléances des Médecins de la Province de Naples, du Conseil de l’Ordre du personnel hospitalier, des Professeurs de l’Université de Naples". Il dit : "Joseph Moscati prêchait et pratiquait la vertu, un mot qui n’est plus dans notre vocabulaire et dans notre vie. Il n’était pas un mot inutile, ambigu ou hypocrite mais un style de vie, fait de sacrifices, de discipline morale, de renoncements, douleurs car la vertu, comme la sagesse, est douloureuse."

Antonio Cardarelli était un des membres du Jury d’examen au concours de Collaborateur Ordinaire aux Hôpitaux Réunis de Naples, en 1911. "Au moment où la relation de Moscati fut lue - comme nous dit le frère Eugenio – le Professeur Cardarelli, membre du Jury, invita à dévoiler l’anonymat imposé pendant le concours mais Moscati refusa. Il fut obligé par ses camarades qui lui portaient en triomphe chez soi. Le Prof. Cardarelli dit qu’il n’avait jamais rencontré un jeune si préparé en 60 ans d'enseignement, et il tint beaucoup à lui dès ce moment. Ensuite, mon frère devint son médecin traitant."

Saint Joseph Moscati

Pietro Castellino avait Moscati en haute estime et Moscati rendait visite à Pietro Castellino fréquemment pour l’aider à recouvrer la foi. Quand Moscati mourut, le Doct. Castellino compara le futur Saint au "Grand Vieillard" Antonio Cardarelli, mort le 8 janvier de la même année, et après avoir lu une lettre de Moscati s’écria : "Oh, tu avais un cœur très noble, tu étais une créature si gentille et douce qui j’aimais comme un fils !
La pureté de ta gentillesse, ta mentalité d’Educateur si austère, la confiance dans ta mission évangélique […] nous permettent de comprendre que la Médecine est vraiment la science plus sainte et divine, et tu l’embrassas comme si elle était ta Croix ! […]"

Filippo Bottazzi connut Moscati en 1905 et en 1923 alla à Edimbourg avec lui pour un Congrès. Il écrivit beaucoup de choses sur le futur saint, par exemple : "Il fut la plus parfaite incarnation de l’esprit de charité, comme il est décrit par Saint Paul (I Cor 13) : il fut patient et bienveillant, jamais jaloux ou vantard, il n’étalait pas ses qualités ou son savoir si profond.
Il n’était jamais désagréable ou égoïste, au contraire il était très généreux envers les indigents, jamais irascible ou méchant, jamais content des injustices parce qu’il était un chercheur de la vérité très fervent qui supportait tout : un croyant absolu.
Profondément religieux, croyant sincère et pratiquant, il ne faisait pas montre de ses sentiments mais avec une parole si persuasive et le support de sa préparation médicale, il ne négligea jamais de soigner non seulement les corps mais aussi les âmes qu’il dirigeait vers cette lumière qui, pour grâce divine, lui resplendissait à travers des abîmes impénétrables pour nous."

Gaetano Quagliariello fut désigné par Moscati lui-même, comme alternative, à bénéficier de la chaire de Chimie Physiologique. Il eut paroles très belles pour son ami et confrère. Il déclara : "L'hôpital devint sa maison, son amour, son sanctuaire. Sa maison devint la destination d’un pèlerinage continu de malades de toutes les conditions sociales, de Naples et du Sud de l’Italie. Ils s’adressaient à lui pleins d’espoir et, bien souvent, ils ne recevaient pas seulement la guérison du corps mais aussi le salut de l’âme.
Il avait horreur du renom, de la célébrité car elles étaient considérées comme passions d’ici-bas, mais il fut impossible se soustraire et ainsi elles l’atteignirent dans son humilité."

Pasquale Malerba fut directeur du mémoire de maîtrise de Moscati qui fut reçu avec éloges. Le Prof. Quagliariello nous dit que Moscati, en fréquentant son maître, lui conduisit du matérialisme à la foi en Christ.

Moscati, "un de nous". "Libera docenza" du 1922 (1)

Le Prof. Moscati travaillait en hôpital depuis longtemps et, en même temps, il enseignait à une foule d’étudiants qui s’accroissait toujours davantage. Il avait obtenu la " libera docenza " en Chimie Physiologique en 1911 et à l’époque il était Médecin Chef de l’Hôpital des Incurables de Naples. Il enseignait aussi Clinique et Sémiologie mais sans avoir les titres officiels.

Quelques-uns, en voyant que beaucoup d’étudiants préféraient suivre les cours de Moscati et ne pas participer aux officiels, complotaient dans l’ombre pour l’empêcher de continuer à enseigner.

Il écrivit au Prof. Castellino le mai 1922, il lui demanda de réunir la commission.

Monsieur le Directeur,
Vous avez été mon maître et mon père très cher dès que j’avais 17 ans (j’étais un élève et aujourd’hui j’ai les cheveux blancs !)
[…]
Je suis complètement épuisé et déprimé parce que depuis la guerre j’ai toujours travaillé et éprouvé des émotions très vives ! […]
Je passe des nuits blanches et j’ai perdu l’opportunité de la ratification de l’enseignement. Je l’obtiendrai peut-être dans la prochaine séance du cours supérieur […]
J’ai fait une grosse bêtise ; je devais suivre auparavant l’orientation clinique. Mais je détestais et déteste encore la carrière professorale! Mais ça ne fait rien ! […]

Cette lettre montre que même les saints ont eu des changements d’avis, des découragements et des regrets. Moscati était dans un état de profonde affliction qui se répercutait aussi sur son physique. Le grand Médecin, le grand Maître, le grand Saint nous paraît comme l’un de nous.

La sainteté ne manque pas d’ambition et ne rend pas impassible devant l’envie. La sainteté se rattache à la nature humaine, la respecte mais, en même temps, elle donne les moyens pour surmonter les difficultés et pour s’élever au-delà des horizons plus bornés et trompeurs.

Moscati était un homme supérieur et un saint mais, malgré les appréciations sur son travail, il souffrait exactement comme un de nous. Sa lettre au Prof. Pietro Castellino est une preuve de cela.

Le 14 octobre 1922 le Ministère de l'Instruction Publique lui attribua la libera docenza (1) en Médicine Clinique. Trois jours après Moscati écrivit:

"Aime la vérité, montre la personne qui tu es, sans feinte et sans peur, sans aucun ménagement. Et si la Vérité te vaut la persécution, toi, accepte-la, si elle t'apporte le tourment, toi, supporte-le. Et si pour la Vérité, il te fallait sacrifier toi-même et ta vie, sois fort dans le sacrifice".


1. Titre académique italien permettant d’enseigner à titre privé dans les universités et les autres instituts supérieurs.


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E-mail: moscati@gesuiti.it

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