Saint Joseph Moscati
Médecin et Saint de Naples - 3

Antonio Tripodoro s.j. - Egidio Ridolfo s.j.
[Traduction par Piera Chianura, Antonella Nappo]

Université et Hôpital -- Eruption du Vésuve
Collaborateur ordinaire dans les Hôpitaux Réunis -- Médecin Chef d’Anatomopathologie

Université et Hôpital

Après l'obtention du Doctorat en Médecine, université et hôpital devinrent le champ d'activité du jeune médecin. Bien vite il réussit un concours de Collaborateur Extraordinaire auprès de l'Hôpital des Incurables (1903) et un autre d'Assistant à l'Institut de Chimie physiologique (1908), où il gagna bientôt beaucoup de marques d'admiration et d'honneur dans le domaine scientifique.

L'Université de Naples
"Federico II"

Malgré ses engagements il continua à examiner les malades dans les salles des Incurables. Cela explique son habilité clinique extraordinaire, certainement le résultat d’une expérience pratique au chevet des malades qu’il commença à démontrer bien vite. Cette expérience, en effet, ne se peut pas acquérir dans un Laboratoire de Chimie Physiologique.

Eruption du Vésuve du 1906 et choléra du 1911

Les études, les recherches et le succès du Prof. Moscati marchaient de pair avec l'amour pour son prochain. Il se distingua pour son oeuvre de secours pendant l’éruption du Vésuve du 8 avril 1906. Le cratère vomissait de la lave, des lapilli et beaucoup de cendres qui menaçaient et terrorisaient les habitants des pays voisins.

Les Hôpitaux Réunis de Naples avaient une succursale à Torre del Greco, une petite ville près de Naples, à six kilomètres du cratère, où vivaient beaucoup de malades paralytiques et vieux. Moscati, en pressentant le danger, fit évacuer 1'hôpital juste avant l'écroulement du toit et sauva tous les hospitalisés.

Deux jours plus tard il envia une lettre au directeur général des Hôpitaux Réunis de Naples, proposant de gratifier les personnes qui l'avaient aidé, mais insista surtout qu'on ne citât pas son nom.

"Je vous en prie – ajouta-t-il – ne citez pas mon nom pour éviter de remuer… des cendres !"

L'habitude de Moscati de se tenir dans la coulisse nous empêche de connaître dans les détails son oeuvre lors d’un autre malheur qui endeuilla Naples: le choléra du 1911.

Nous ne devons pas oublier que Naples est une ville portuaire et que, au temps de Moscati, beaucoup de navires venaient de tous les coins du monde, les ruelles étaient sales et la misère dominante : en ce contexte pouvait arriver de tout. Heureusement la médicine avait fait des progrès, donc les victimes furent moins nombreuses du passé.

A propos de l’éruption du Vésuve, Matilde Serao écrivait dans le quotidien "Il Mattino" du 22 avril 1906:

"Notre esprit est profondément démoralisé. Le silence immense et l’abandon de Resina et de Torre del Greco, les belles villes entre les orangeraies et la mer, nous rendons tristes.
Il y a misère partout et la vie a disparue; Portici, Resina, Torre del Greco étaient villes de rêve, mais maintenant elles n’ont pas plus leur âme, villes abandonnées, mortes, il y a un siècle que l’abandon et la mort vivent là-haut.
Il n'y a personne que nous parle de la panique qu’a obligé à s’échapper de nuit, à l’aube, de matin; mais nous le savons, le pouvons imaginer, puisque nous le voyons, oui, avec nos yeux mortels, nous voyons l'abandon et la mort. Est-ce possible que Portici, Resina et Torre del Greco étaient vivantes? Est-ce possible qu’il y avait beaucoup de personnes, une fois, dans ces maisons et dans ces rues?
Le grand panache de fumée et cendre s’élève sur la montagne: cendre, nuages, vapeurs nous empêchent de voir chaque chose, sauf les foudres fréquents, de tous les couleurs, centaines de foudres qui fendrent le ciel blême, le gris opaque; il y a la vie seulement sur la montagne des horreurs, et ici il y a seulement la mort !"

Moscati fut appelé par le Ministère au Laboratoire de l'Inspection de la Santé publique, situé dans la Préfecture, pour faire des recherches sur l'origine du mal et les moyens les plus propres à le vaincre. Il termina son étude avec la plus grande diligence, et présenta une relation sur les interventions nécessaires pour assainir la ville et, à sa grande satisfaction, il vit la réalisation de beaucoup de ses propositions.

La salle d’anatomie de l'Hôpital des Incurables avec le Crucifié et la plaque posés par le Prof. Moscati

Collaborateur ordinaire dans les Hôpitaux Réunis

En 1911, à 31 ans, le docteur Moscati fut reçu au concours de Collaborateur Ordinaire aux Hôpitaux Réunis. C'était un concours très important qui n'était plus ouvert depuis 1880 et auquel participèrent des médecins venus de partout.

Le Prof. Cardarelli, qu’était un des membres du jury d’examen, fut ébloui par la préparation de Moscati et - comme nous dit le frère Eugenio - "il reconnut qu’il n’avait jamais rencontré un jeune si préparé en 60 ans d'enseignement, et il tint beaucoup à lui dès ce moment. Ensuite, mon frère devint son médecin traitant."

Depuis lors, beaucoup d’étudiants et de jeunes médecins le suivaient d’un lit à l’autre pendant sa tournée de visites aux malades, pour apprendre le secret de son habileté.

La même année, sur l’initiative d'Antonio Cardarelli, l'Académie Royale de Médecine Chirurgicale le nomma Membre agrégé et le Ministère de l'Instruction Publique lui attribua le Doctorat en Chimie physiologique.

Témoignage du Prof. Gaetano Quagliariello sur le concours du 1911

"Il s’agissait d’un concours qui n'était plus ouvert depuis 1880 et auquel participèrent beaucoup des médecins et professeurs venus de Naples et du Sud de l’Italie. Il y avait seulement six places. Le jury d’examen était formé de célébrités comme Antonio Cardarelli, Enrico de Renzi, Beniamino de Ritis. Moscati se présenta au concours, et cet acte fut considéré audacieux et effronté.

Le résultat fut un triomphe [...].Joseph Moscati obtint le prix si rêvé et un tonnerre d’applaudissements accueillit sa proclamation: il fut reçu au concours à la tête de la liste." (Gaetano Quagliariello, Giuseppe Moscati, extrait de la revue Medicus, avril - décembre 1948).

Avant du concours, Moscati, en prévoyant les immanquables escroqueries et favoritismes, écrivit au Prof. Calabrese, Titulaire de la chaire de Médecine Clinique:

"Je ne peux pas tolérer les abus de ceux qui sont protégés. Ils sont déjà sur le point de fêter les places promis par relations et compromis […]. Je ne suis pas hautain, je veux seulement justice. Gare à qui oserait être en contraste avec ce principe! ..."

Médecin Chef d’Anatomopathologie

Outre son intense travail entre l'Université et l'Hôpital, le professeur Moscati assurait aussi la direction de l'Institut d’Anatomopathologie, auparavant dirigé par Luciano Armanni, mais par la suite déchu par manque de soin.

D'après le prof. Quagliariello, il devint bien vite "un vrai maître dans les autopsies". Le prof. Raffaele Rossiello, qui a étudié à fond et avec compétence l’Anatomopathologie de St. Joseph Moscati, affirme qu'après sa mort, ni les revues scientifiques, ni ceux qui se souvenaient de lui dans leurs discours, ni les nombreuses biographies n'ont relevé "son activité de médicine légiste et chef de l'Institut d'Anatomie et Histologie Pathologique "Luciano Armanni".

Par contre la découverte - par le docteur Renato Guerrieri, Médecin chef de l'Hôpital des Incurables, de trois volumes contenant les rapports de 244 autopsies effectuées par Moscati - nous propose des nouveaux aspects de la personnalité complexe du Saint. A présent ils sont gardés dans les Archives Moscati du Gesù Nuovo."

"Mais la vie ne finit pas avec la mort, elle continue dans un monde meilleur. A tous, a été promis, après la rédemption du monde, le jour qui nous réunira à nos chers défunts et qui nous ramènera à l'Amour suprême!"
[D'une lettre à M. Mariconda du 27 février 1919]

Luciano Armanni avait fait graver cette phrase à l'entrée de la salle d'anatomie: "Hic est locus ubi mors gaudet succurrere vitae" ("Ici la mort est heureuse d'aider la vie"). "Mais dans la salle - écrit le prof. Nicola Donadio - il n'y avait aucune trace de religion. La pièce était austère mais vide, exactement comme tous les endroits dominés par le matérialisme."

Le prof. Moscati avait eu une idée et l'avait réalisée, celle de faire accrocher très haut sur le mur de la salle, de façon à ce qu'il puisse dominer la pièce, un Crucifix avec une inscription qui ne pouvait être mieux: "Ero mors tua, o mors" (citation du Prophète Osea 13,14: "O mort, je serai ta mort").
Les autopsies pour Moscati étaient une leçon de vie.

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E-mail: moscati@gesuiti.it

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